Le Maroc Visé par Al Qaïda

Maroc : Le Maroc Visé par Al Qaïda

Posté par lakil le 1/12/2005 20:57:17 (613 lectures)

Les autorités ont, une fois de plus, annoncé en fanfare le démantèlement d'une « cellule d'Al Qaïda » au Maroc. L'organisation de Ben Laden projette-t-elle de frapper le royaume ?
Depuis le 16 mai 2003, le Maroc vit au rythme d'une chronique épisodique de faits étayant une menace terroriste de plus en plus prégnante. Le 20 avril 2004, c'était à Berrechid, et le 1er mai de la même année, c'est le tour de Sid El Khadir, un quartier populaire de Casablanca et ensuite à Mohammédia, Salé, Meknès, Fès, Essaouira, Youssoufia, etc... où des « cellules dormantes » auraient été démantelées et leurs projets d'attentats déjoués.


17 personnes arrêtées
Le dernier épisode en date remonte à la semaine dernière. Dimanche 20 novembre, la très étatique agence de presse MAP annonce dans une de ses dépêches que « Les services de sécurité marocains viennent, encore une fois, de démanteler une structure terroriste en formation, composée de 17 éléments liés à la mouvance islamiste radicale ayant des connexions avec des groupuscules évoluant à la frontière irakienne et entretenant des liens étroits avec des cadres de l'organisation Al-Qaïda ». On apprendra par la suite l'identité de 4 de ces 17 éléments. Mohamed R'ha est né en Belgique. Il a une vingtaine d'années et vivrait dans la région d'Anvers. Il n'a pas d'expérience du maquis afghan. Selon le Renseignement marocain, ce Maroco-belge, qui est arrivé à Casablanca en provenance de Bruxelles le 29 septembre dernier, a déjà séjourné en Syrie, un pays souvent utilisé par les activistes pour s'infiltrer clandestinement dans un Irak en convulsion depuis l'invasion des forces américaines. Il entretiendrait des liens étroits avec des islamistes maghrébins en Europe. Mohamed R'ha est accusé par les services de sécurité marocains d'avoir voulu créer une « cellule terroriste » avec Khaled Azig, un ex-étudiant de théologie en Syrie, nouvelle cible privilégiée des Etats-Unis. Ce dernier est arrivé au Maroc en juin dernier après avoir effectué plusieurs déplacements suspects en Turquie.

Formation paramilitaire
Après une longue filature, les forces de sécurité arrêtent, début novembre à Casablanca, Khaled Azig et Mohamed R'ha qui sont accusés de « recruter des membres afin de constituer une structure terroriste » et d'établir des relations avec des Marocains qui ont reçu une formation paramilitaire en Afghanistan, dont deux anciens prisionniers du camp de détention américain de Guantanamo, en cours de jugement au Maroc mais en liberté provisoire, Brahim Benchekroun, 26 ans, et Mohamed Mazouz, 32 ans, qui auraient, toujours selon les services marocains, adhéré à leurs projets. Benchekroun et Mazouz sont étrangement « portés disparus » depuis le 11 novembre.
L'agence de presse Debka, réputée proche des renseignements militaires israéliens, affirme dans une dépêche diffusée le 23 novembre que quelques membres de ce groupe seraient des militaires marocains. Debka fait également le lien entre le démantèlement de cette cellule et des opérations similaires menées dernièrement en Espagne, en Belgique, en Hollande, au Danemark et en Grande Bretagne.
Cela dit, les informations qui ont jusqu'ici filtré à Rabat ne font à aucun moment état d'une quelconque saisie d'armes ou d'explosifs auprès des 17 personnes arrêtées. Elles ne révèlent pas non plus comment ces « nouveaux messagers » d'Al-Qaïda, soupçonnés d'être adoubés par Abou Moussab Zarqaoui,le chef autoproclamé d'Al-Qaïda en Irak, comptaient exécuter leurs supposés plans terroristes au Maroc. Certes, l'enquête n'a pas encore livré tous ses secrets mais il se trouve que tous les éléments avancés et les chefs d'accusations retenus contre les membres de cette prétendue « cellule en formation » semblent manquer de substance au regard des informations distillées au compte-gouttes par les autorités marocaines. D'ailleurs, d'aucuns n'hésitent pas à remettre en cause l'appartenance de ce groupe interpellé au Maroc à l'organisation d'Al-Qaïda. « Il faut savoir que la démarche organisationnelle de la mouvance de Ben Laden a beaucoup évolué. Cela m'étonne que deux de ses membres viennent au Maroc pour mettre en place une cellule prête à agir et recruter ses membres localement. Les coups d'Al-Qaïda sont imprévisibles et le montage de ses opérations se fait à distance avec des éléments non fichés par les services de sécurité », affirme Mohamed Darif, spécialiste des mouvements islamistes. Ce dernier fait également remarquer que les coups de filet des services de sécurité marocains se suivent et se ressemblent et avec toujours les mêmes effets d'annonce : « arrestation d'une bande armée qui avait l'intention de préparer et de commettre des actes terroristes » ou « démantèlement d'une cellule terroriste ». Bien sûr, fera-t-il remarquer, dans le lot des perquisitions « on trouve tout sauf des armes à feu ou des explosifs ».

Une tentation éradicatrice
L'« obsession sécuritaire », qui n'est pas étayée par des faits tangibles, semble vouloir reprendre le dessus. Avec ce nouvel épisode de la « lutte préventive » chère aux sécuritaires, la tentation éradicatrice demeure à l'évidence prégnante dans certains cercles étatiques. Elle met en avant plusieurs arguments : la conjoncture internationale liée à l'après 11 septembre et le nouvel ordre anti-terroriste qui en découle sous la houlette américaine, la volonté évidente du régime de capitaliser sur la grande émotion nationale après le 16 mai, etc…
Dans la foulée de ce choc, les sécuritaires nous gratifient d'opérations « anti-terroristes » aussi spectaculaires qu'insolites. A chaque effet d'annonce, la menace lancinante des « kamikazes de réserve », (appellation désormais officielle) est agitée en épouvantail. Pour les officiels, tous ces « kamikazes potentiels » avaient pour projet de perpétrer des attentats suicides à Agadir, Tanger, Marrakech, Essaouira et à Fès. En plus clair, ils devaient mettre le pays à feu et à sang. Tel était leur dessein. Une perspective qui donne froid dans le dos. En clair, c'est dans un autre Maroc que nous allions vivre, ou plutôt qu'« on » voulait nous faire vivre. Un Maroc qui allait basculer dans l'horreur généralisée.

« Royalement » graciés
L'instance judiciaire, elle, a tourné à plein régime. Au nom de la chasse aux terroristes, la neutralisation des intégristes et l'immunisation du pays contre toute forme de violence criminelle et destabilisatrice, des procès expéditifs organisés à la hâte et des sentences très lourdes sont arbitrairement prononcées. Deux ans après, 285 parmi plus de 2000 condamnés communément dits « salafistes » liés aux attentats de Casablanca sont « royalement » graciés. Mieux encore, Abdellatif Amrine, l'un des présumés « kamikazes de réserve » et condamné à 30 ans de prison ferme, est libre de ses mouvements, depuis quelques jours. Abdellatif Amrine clame toujours son innocence et affirme ne rien avoir avec les attentats du 16 mai. Ces surprenantes relaxes ont été considérées comme un processus de normalisation entre le Palais et les salafistes.
Or, soutient Mohamed Darif, dans l'appareil de l'Etat, il y a des « éradicateurs » qui s'opposent farouchement à cet apaisement et exploitent le moindre incident pour brandir la carte de l'intégrisme terroriste. Il n'y aura pas de « gentlemen's agreement » avec cette catégorie d' islamistes, et l'Etat doit sévir et cela sans la moindre concession. Sommes-nous alors encore une fois, avec l'arrestation de ces 17 présumés terroristes, face à un énième stratagème des sécuritaires pour créer une psychose et faire peur aux marocains ? Où sommes-nous vraiment face à un danger réel de la pieuvre tentaculaire d'Al Qaïda qui a décidé, comme en Jordanie, de frapper au Maroc ? En tout cas, le doute s'installe.
Du coup, le pays se trouve soumis à deux pressions difficilement conciliables : celle des puissances étrangères qui le conjurent de prendre les mesures préventives souvent radicales à l'encontre de « l'internationale intégriste », et celle d'une levée de boucliers des défenseurs des droits de l'Homme qui dénoncent la multiplication des atteintes aux libertés individuelles au nom de la lutte contre le terrorisme.

source: Le journal Hebdo

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