- Le président de la République Jacques Chirac a quitté jeudi Paris pour une semaine de vacances de Noël à Taroudant, à environ 650 km au sud-ouest de Rabat. Il reviendra à Paris en fin de semaine prochaine.
Il doit prononcer la traditionnelle allocution présidentielle du Nouvel An, le 31 décembre à 20H00, à l'issue d'une année qui restera comme l'une des plus sombres pour le président de la République. Les deux semaines suivantes seront essentiellement consacrées aux cérémonies des voeux.
Celle des voeux du gouvernement aura lieu le 3 janvier, le jour du premier Conseil des ministres de l'année, et les voeux à la presse auront lieu le 4, suivis des voeux aux Forces vives (syndicats, associations..) le 5 janvier. La cérémonie des Corps constitués, le 6 janvier, aura lieu exceptionnellement en province, à Metz. Les voeux du corps diplomatique auront lieu le 10 janvier et ces cérémonies des voeux s'achèveront le 14 janvier en Corrèze, selon une tradition suivie par Chirac depuis 1995.
L'année 2005 aura été une des plus sombres pour Jacques Chirac, désavoué en mai sur la Constitution européenne, victime d'un accident de santé en septembre et bousculé par les sondages. Désormais, un Français sur trois déclare souhaiter que Jacques Chirac démissionne pour provoquer une présidentielle anticipée, selon un sondage BVA paru jeudi dans l'Express. Plus spectaculaire encore, un autre sondage révélait le 11 décembre que seulement 1% des Français souhaitaient voir le chef de l'Etat représenter l'UMP pour la présidentielle, signe que pour les électeurs, la page Chirac sera définitivement tournée en 2007.
Le tournant a eu lieu le 2 septembre, lorsque Jacques Chirac est admis au Val-de-Grâce, victime d'un accident vasculaire cérébral. L'alerte, si elle n'est pas anodine, ne laisse pas de séquelles apparentes. Le chef de l'Etat doit cependant alléger son emploi du temps et s'abstenir de prendre l'avion durant plusieurs semaines. Ses huit jours d'hospitalisation font de lui un président rattrapé par son âge. Certes il a repris ses activités normales, voyage et reçoit autant d'hôtes étrangers qu'auparavant, mais, après avoir affiché une santé de fer durant des décennies, M. Chirac devient brusquement aux yeux des Français un président âgé, qui fête deux mois plus tard ses 73 ans.
Avec quarante ans de vie politique derrière lui, après avoir été Premier ministre dans les années 70 (1974-76) puis dans les années 80 (1986-88) et surtout après dix ans à l'Elysée, il figure désormais parmi les doyens des chefs d'Etat de la planète, entouré de quinquagénaires comme le Britannique Tony Blair ou l'Allemande Angela Merkel. Il est, par exemple, le plus âgé des leaders du G8, même s'il sera, à la fin de son mandat en 2007, moins âgé que deux de ses quatre prédécesseurs de la Ve République, Charles de Gaulle et François Mitterrand, qui avaient alors 79 ans.
La déconvenue des JO d'été, où Londres a soufflé en juillet la victoire à Paris malgré l'implication personnelle de M. Chirac dans la candidature française, a suivi de peu le séisme politique du rejet de la Constitution européenne en mai.
La large victoire du non a été une défaite personnelle pour le chef de l'Etat qui avait décidé cette consultation populaire et défendu le texte. Mais son intervention dans la campagne n'a pas réussi à convaincre des Français inquiets de l'avenir, sur fond de chômage et de peur des délocalisations. Un débat télévisé en avril, face à 80 jeunes adultes, où il a semblé ne pas comprendre leurs préoccupations, a accentué le sentiment de décalage avec le pays. Impression renouvelée lors des émeutes dans les banlieues: M. Chirac a certes multiplié les consultations et essayé de tracer des pistes pour sortir de la crise. Mais c'est surtout son silence initial qui a retenu l'attention de l'opinion publique.
Dans ce contexte, ses succès ont eu du mal à être remarqués. Il a réussi aux Conseils européens de juin et de décembre à neutraliser les tentatives britanniques d'isoler la France et a maintenu ses exigences sur la politique agricole commune et le chèque britannique. La France a aussi obtenu à l'issue d'une bataille acharnée que soit installé sur son sol le réacteur ITER, gigantesque projet destiné à valider la possibilité de produire de l'énergie à partir de la fusion nucléaire.