Maroc poubelle de la CIA

Maroc : Maroc poubelle de la CIA

Posté par lakil le 26/12/2005 23:26:56 (677 lectures)

Le royaume est suspecté d'abriter des « prisons secrètes » américa ines.
Comment fonctionne l'appareil sécuritaire dans notre pays ? Avec l'implication de l'Etat marocain dans des activités illégales commandées par les stratèges de Washington, la question revêt une importance particulière. Encore une fois, le système judiciaire et l'opinion publique des pays démocratiques ont infléchi le cours des événements. Lorsque les autorités américaines ont arrêté José Padilla, l'accusant de vouloir détoner une bombe radioactive dite « sale » à Washington, elles semblaient sûres de leur fait. Début décembre, leurs preuves avaient l'apparence de la solidité. Il apparaît aujourd'hui, qu'en fait de preuves, les Américains s'étaient appuyés sur les aveux d'un jeune britannique d'origine éthiopienne, Mohammed Binyam. Des aveux qu'Amnesty International a établi qu'ils avaient été extraits sous la torture dans un centre de détention secret marocain. Ces révélations ont obligé l'administration Bush à renoncer à retenir contre José Padilla le crime de « combattant ennemi » et ne l'accuse plus d'avoir voulu détoner une bombe radioactive « sale ».

Dans une autre affaire, déplorable pour les autorités marocaines, Dick Marty, sénateur suisse en charge des investigations sur les sites dits noirs, lieux de détention secrets situés en Europe et gérés par la CIA, a révélé que les prisonniers avaient été transférés au Maroc. Ses déclarations sont la conséquence de l'indignation de l'opinion publique européene. Indignation qui a poussé les autorités européennes à réagir rapidement en cherchant à établir la vérité. Résumons : Les autorités marocaines ont donc torturé pour extraire des informations dont l'objectif était de valider la thèse de l'administration Bush dans le cas Padilla. Elles ont ensuite accepté de « recueillir » les supposés terroristes, détenus auparavant dans des prisons illégales en Europe gérées par la CIA. Ces deux affaires viennent s'ajouter à d'autres où le régime marocain ne s'est ménagé aucune peine pour plaire aux maîtres de Washington. Deux types de raisons expliquent cette vassalisation. La géostratégie d'abord. Le Maroc est un petit pays dans le concert des nations. Se mettre à dos les Etats-Unis peut être dangereux. Quand vous avez un Wolfowitz à la tête de la Banque mondiale, vous réfléchissez à deux fois avant de penser déplaire à l'équipe Bush. Et puis, il y a l'affaire du sahara. Avec une Algérie saoûle de ses pétrodollars et acheteuse d'armes, bien plus solvable que le Maroc, et tout aussi prête à aider Washington dans sa « guerre contre le terrorisme », la marge de manoeuvre est vraiment ténue. Si l'argument ne manque pas de validité, il existe un contre-argument qui ne manque pas de force non plus. Le prix politique que risque de payer la monarchie vis-à-vis de son opinion publique interne. Depuis une certaine revolution iranienne, nous savons ce qu'il en coûte de trop se prosterner devant les Américains. La deuxième catégorie de raisons est liée aux tensions que connaît l'appareil sécuritaire et sa relation avec la monarchie de Mohammed VI. Il n'est un secret pour personne que la rhéorique, même très attendue de l'IER, rend nerveux chez les gradés. Les piliers sécuritaires de Hassan II, sur lesquels s'appuie toujours Mohammed VI ne se sentent plus en sécurite. La volonté ostentatoire de Hamidou Laânigri, alors patron de la DST, à collaborer avec les Américains, faisait dire qu'il se cherchait une assurance-vie. En exécutant les basses besognes de l'administration Bush, il deviendrait ce que Roosevelt disait de Somoza : c'est un salopard, mais c'est notre salopard. Laânigri n'est évidemment pas le seul dans ce cas. Le nouveau couple Ali El Himma/Ahmed Harrari a repris le flambeau de la coopération avec les Américains, sans rien changer aux méthodes de l'actuel directeur de la DGSN. Là aussi les comptes des candidats au « protectorat » Américain devraient faire attention. Les administrations américaines changent et les crimes restent. Augusto Pinochet termine sa vie dans le disgrâce et la loi internationale permet l'arrestation de chefs d'Etat et d'anciens généraux comme de vulgaires petits délinquants. Le risque est aujourd'hui minimal mais il existe. A la possibilite d'une pression internationale, s'ajoutent là aussi les pressions d'une opinion publique nationale qui exécre voir ses sécuritaires jouer les valets de service d'une administration américaine honnie. A l'avenir, elle aussi pourrait demander des comptes.


source: le Journal Hebdo

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