Que peut faire Mohammed VI ?

Maroc : Que peut faire Mohammed VI ?

Posté par lakil le 30/12/2005 0:08:02 (628 lectures)

Comment Mohammed VI va-t-il faire face aux recommandations du rapport de l'Instance Equité et Réconciliation ?
Les généraux ont fait corps. Déjà l'un des patrons de l'armée n'avait pas hésité à lancer à son interlocuteur qui lui demandait ce qu'il pensait de l'Instance Equité et Réconciliation (IER) : « La prochaine fois que des émeutes éclateront, qu'il (le roi) ne compte pas sur nous pour tirer sur la foule ». L'homme est dépité. Comme nombre de ses pairs, il se sent trahi. Résultat : lorsque les membres de l'IER requerront la coopération de l'armée, ils se retrouveront face à un mur. Cette figure jadis emblématique de la gauche marocaine en exil et membre de l'IER ne cache pas son amertume. « L'armée a refusé de collaborer. Dans notre rapport final, on la pointera du doigt indirectement ». Cela donnera la fameuse formule sybilline « la coopération inégale des appareils de sécurité ». Rapport et recommandations publiés, la balle est aujoud'hui dans le camp du roi. Et quelle balle ! La patate n'est pas chaude, elle est brûlante.

« Expérience unique »
Le manque de coopération de l'armée ressemble fort à un affront. Driss Benzekri n'a- t-il pas répété ad nauseam aux journalistes étrangers que l'IER bénéficiait du soutien inconditionnel du souverain ? Car l'IER a été du pain bénit pour le marketing de la monarchie. Pensez donc ! Quoi de mieux qu'un ancien prisonnier politique ayant passé 17 ans dans les geôles de la monarchie chantant vos louanges pour faire oublier les suppliciés de Témara ? Signe qui ne trompe pas : dès que la décision de la publication du rapport fut donnée par le roi, Chakib Laâroussi, ce grand manitou de la communication de l'ère Basri et aujourd'hui chargé de la com' du Palais, assaillait les directeurs des chaînes de satellites arabes. « Il faut couvrir, c'est unique dans le monde arabe », leur dit-il en substance. Hélas ! Il ne suffit pas de publier des recommandations, encore faut-il en prendre compte et l'histoire de l'armée n'est pas le seul caillou dans la chaussure de la monarchie. En mettant l'accent sur la Constitution, les membres de l'IER ne font que confirmer, mais confirment tout de même, la nécessité d'une réforme constitutionnelle comme condition sine qua non pour éviter les dérapages du passé. En d'autres termes, ils réitèrent ce que n'ont cessé de marteler les démocrates, les exactions contre les droits de l'Homme sont systémiques. Elles sont inscrites dans l'ADN du régime. S'il n'ouvre pas le chantier de la réforme de la Constitution, le monarque fait clairement passer la perennité d'un système décati devant la sécurite et le bien-être des Marocains. Réforme constitutionnelle signifie fatalement une diminution des prérogatives de la monarchie. Paradoxalement, ces changements surviendront avec d'autant de facilité que la monarchie est forte. Seule une institution visionnaire et, détail non négligeable, maitrisant son monde, peut s'amputer d'une partie de son pouvoir. C'est parce qu'il a pu tenir tête à ses militaires que Juan Carlos a sauvé la démocratie espagnole. Et c'est parce qu'il s'est appuyé sur les démocrates qu'il a pu tenir tête à ses militaires. La monarchie marocaine n'est pas dans ce cas de figure. Pour commencer, elle a déconcerté par des signaux contradictoires. Des contradictions qui ne sont plus interprétées comme des retraites tactiques mais plutôt comme un manque de perspective, de vision, voire d'ardeur à la tâche. Ce qui peut passer pour un vrai geste d'ouverture apparaît plus comme une opération de relations publiques pour garnir les Unes des hebdos internationaux qui palpent. Résultat, le scepticisme a gagné. Côté appareils sécuritaires et plus spécialement l'armée, on ne comprend pas où le roi veut en venir. Si le nécessaire a été fait pour éteindre le feu Adib, c'est à peu près tout ce qui a été fait.

Bourde sur bourde
Le traitement réservé à un Basri a fait réfléchir. La loyauté au trône ne suffit pas. Et puis, que cherche le souverain ? Un passage vers la démocratie à moindre coût ou un simple renouvellement des élites du Makhzen ? Alors que les Généraux Kadiri et Benslimane ont senti la pression monter et se sont debarassés de leur société de pêche hauturière KABEN, la monarchie avalait à grandes bouchées l'économie marocaine. Un personnage à la réputation aussi ternie qu'un Mohamed Benaïssa sévit toujours à la tête de la diplomatie marocaine. On couvre les bêtises des amis et on veut livrer les piliers du régime, ceux qui se salissent les mains pour la monarchie, à la vindicte populaire. Insoutenable.
Pire. Qu'ont fait les petits jeunes en charge de la grande affaire de l'armée, Le Sahara ? Bourde sur bourde. La monarchie ne semble pas vouloir offrir des garanties à ses hauts gradés, elle ne tranquillise pas non plus par sa capacité à éviter le chaos. On a beaucoup glosé sur les capacités de l'entourage du roi, les hommes du nouveau règne, à gérer le pays. Aujourd'hui, on ne glose plus, on s'alarme. Spécialement chez les priviligiés du régime qui ont peur de voir s'envoler non seulement leur confort, mais surtout l'assurance d'un avenir sans persécution judiciaire ou autre.
Angoisses surannées d'une caste dépassée ? Peut-être. Mais c'est une caste qui compte toujours et que la monarchie a intérêt à prendre en compte. Si la monarchie s'investit dans un réel projet de démocratisation où les garanties données pour une évolution politique libérale sont crédibles, elle peut alors sceller un pacte qui assure à ses sécuritaires une transition à peu près tranquille. Les recommandations de l'IER peuvent créer cette dynamique. La tâche sera toutefois très compliquée.

source: Le Jounal Hebdo

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