Le président du gouvernement espagnol, José Luis Rodriguez Zapatero, effectue, aujourd'hui et demain, une visite dans les présides occupés de Sebta et Melilia, annonce-t-on à Madrid, qui serait «sans incidence» sur les «bonnes relations». Néanmoins, cette visite est mal perçue au Maroc où on la juge inopportune, provocatrice et attentatoire aux sentiments des marocains.
Zapatero sera le premier chef de gouvernement espagnol depuis Adolfo Suarez en 1980 à se rendre en tant que tel dans cette zone située dans le nord du Royaume.
Le Maroc, qui n'a jamais cessé de revendiquer sa souveraineté sur Sebta et Melilia, voit d'un mauvais œil les visites de hauts responsables espagnols dans ces présides occupés. Le Roi Juan Carlos Ier ainsi que le Prince héritier Felipe, ne s'y sont jamais rendus.
L'ex-chef du gouvernement conservateur espagnol José Maria Aznar, avec lequel les relations maroco-espagnoles ont été le plus tendues , s'y était rendu en janvier 2000 et février 2004, mais en tant que président du Parti populaire.
Le chef du gouvernement espagnol, José Luiz Zapatero, entreprendra à partir de ce mardi, comme il l'a annoncé, une visite de deux jours dans les présides de Sebta et Melilia.
C'est la première fois qu'un dirigeant espagnol, de surcroît membre du Parti socialiste espagnol (PSOE), sensible en principe aux conséquences qu'une telle tournée peut provoquer, se rende dans les deux villes occupées et que le Maroc n'a cessé de revendiquer. C'est aussi la première fois qu'une visite d'un officiel est annoncée de manière unilatérale, plaçant le Maroc en premier lieu, et la communauté internationale, devant un fait accompli.
Tant et si bien que l'on est en droit de se demander si le chef du gouvernement mesure ou non la portée de sa décision ! La question des deux villes marocaines occupées, au même titre que quelques îlots dont celui de Leïla, est posée sur le bureau des Nations unies depuis maintenant près d'une cinquantaine d'années, le Maroc l'ayant formulée au lendemain de sa libération en 1956.
Non que «le temps laissé au temps», selon une formule consacrée, ait émoussé en quoi que ce soit cette revendication, renouvelée sous le maréchal Franco, discutée âprement entre lui et feu S.M. Hassan II, reprise ensuite après l'arrivée du Roi Juan Carlos, sous le gouvernement démocratique de Suarez, socialiste ensuite de Felipe Gonzalez, de nouveau sous celui de José Maria Aznar qui, le menton relevé de l'arrogance, n'en avait cure et versait plutôt dans la provocation.
Unilatérale, discourtoise et pour tout dire inopportune, la visite annoncée de M. Zapatero dans ces deux enclaves constitue pour le peuple du Maroc ni plus ni moins qu'une provocation. Elle ne peut que susciter une réprobation unanime et, dans l'état actuel des relations maroco-espagnoles, elle porte également à conséquence. Car, autant le dire, les deux villes de Sebta et Melilia constituent les derniers vestiges de l'occupation coloniale.
Cette visite est une atteinte aux convictions profondes du peuple marocain, demeuré attaché au principe de son intégrité territoriale, engagé sans relâche dans la bataille diplomatique pour récupérer ses territoires, inflexible, enfin, quant à la souveraineté marocaine sur eux. D'autant plus qu'à terme, l'histoire, l'avenir, en plus de la géographie donneront raison à la revendication que le Maroc renouvelle aussi bien au niveau des instances onusiennes qu'à celui du Comité de réflexion et de suivi créé par feu S.M. Hassan II et S.M. le Roi Juan Carlos.
-- LE MATIN