La télévision australienne a diffusé aujourd'hui ce qu'elle a présenté comme de nouvelles photos et enregistrements vidéo de sévices commis dans la prison irakienne d'Abou Ghraïb, près de Bagdad, sur des détenus placés sous la garde de l'armée américaine.
Ces images dateraient de la fin 2003, comme celles déjà connues, selon Special Broadcasting Service (SBS). Elles sont cohérentes avec les précédentes, qui avaient déclenché un scandale international, une enquête du Congrès américain et le jugement des militaires impliqués.
À Washington, le porte-parole du ministère de la Défense Bryan Whitman a déploré la diffusion de ces nouvelles images, pensant qu'elles «ne peuvent qu'enflammer encore plus et possiblement inciter à des violences inutiles dans le monde, mettant en danger nos militaires». Il a noté que «les abus commis à Abou Ghraïb ont fait l'objet d'une enquête approfondie» et que les responsables avaient été poursuivis.
À ce jour, 25 personnes ont comparu pour des actes criminels et autres manquements à Abou Ghraïb, a-t-il poursuivi. Le porte-parole a dit ne pas savoir si ces images avaient été vues par les autorités américaines, ou si elles faisaient partie de celles qui n'ont pas été diffusées publiquement depuis 2004.
Aucune des images diffusées aujourd'hui ne permet d'identifier avec certitude du personnel militaire américain mais on y voit sur au moins l'une d'elle des hommes portant des uniformes qui ressemblent à des tenues de combat et tenant des chiens en laisse.
Beaucoup de ces nouveaux documents sont plus crus que ceux d'avant puisqu'on y distingue apparemment des cadavres, des blessures et des actes sexuels. On voit notamment un groupe d'hommes nus, la tête dans un sac, se masturbant debout; un homme se jetant à plusieurs reprises sur un mur; un homme profondément coupé au cou, le même cerné par des hommes en kaki dont l'un montre du doigt la blessure. La chaîne panarabe Al-Jazira a diffusé pour sa part de brefs extraits du document australien.
SBS a précisé dans un courrier électronique à l'Associated Press que les images semblaient faire partie des photographies que l'Union américaine des libertés civiques (ACLU) tentait d'obtenir du gouvernement américain en application de la loi sur la liberté de l'Information. La chaîne refuse de fournir des précisions sur la source de ces documents.
De leur côté, les autorités irakiennes se sont interrogées sur l'utilité de publier ces nouvelles images. Selon Labid Abbaoui, conseiller du ministre des Affaires étrangères, «cela ne va qu'aggraver une situation déjà fragile en Irak, et elles n'aident absolument personne». Et d'estimer que «cela ne fera que rajouter des condamnations envers les Américains, les Britanniques puis plus tard les Irakiens», ces derniers au sujet de la prison de Jadriyah, où les sunnites accusent les forces de sécurité à majorité chiite de torturer les détenus sunnites.
Le secrétaire américain à la Défense Donald Rumsfeld a déclaré en mai 2004 au Sénat que toutes les photographies connues des exactions commises à Abou Ghraïb n'avaient pas été rendues publiques. Certaines, a-t-il dit, montrent des actes «sadiques, cruels et inhumains, c'est flagrant».
source: Canoe