Qu’est venu faire Donald Rumsfeld au Maroc ?

Maroc : Qu’est venu faire Donald Rumsfeld au Maroc ?

Posté par lakil le 21/2/2006 21:35:26 (429 lectures)

D’abord, il y a eu la visite au Maroc du Directeur du FBI, Robert Mueller. Puis, celle du Secrétaire d’Etat américain à la défense, Ronald Rumsfeld. Et pour finir, l’arrivée du ministre britannique des Affaires Etrangères, Jack Straw. Que cache ce ballet diplomatique ?
SELON les déclarations officielles, ces visites quasi-concomitantes des trois hommes n’ont rien d’extraordinaire. Outre le fait qu’elles s’inscrivent dans le cadre de tournées régionales, elles ne traduisent pas plus que la volonté des Etats-Unis et de la Grande Bretagne de se concerter et d’œuvrer avec le Maroc dans les domaines de sécurité internationale et de lutte anti-terroriste.


Or, la question est justement là : jusqu’où ira cette coopération ?

C’est en particulier la visite de Donald Rumsfeld qui a cristallisé toutes sortes d’inquiétudes. Le chef du Pentagone n’a pas l’habitude de courir la planète. Ses rares déplacements ont été réservés à l’Irak, depuis son occupation. Certes, il y a la version officielle. Rumsfeld était en Sicile pour les réunions de l’OTAN qui s’y sont tenues cette semaine (le Maroc, membre du programme « dialogue méditerranéen » de l’OTAN au même titre que la Tunisie, l’Algérie, la Mauritanie, l’Egypte, la Jordanie et Israël, y a participé). Après la Sicile... Vu qu’il était à ses portes, il s’est rendu dans la région maghrébine (Tunisie, Algérie, Maroc) !

L’explication est cependant un peu courte. Du moins pour les observateurs qui ne quittent plus Rumsfeld et son administration des yeux depuis que des informations émanant de divers services secrets d’Europe et d’Asie du Sud-Est - voire de l’armée américaine elle-même - ont révélé que l’administration Bush était en train de mettre la dernière main à une attaque militaire contre l’Iran.

Propagande ou réalité ?

Certains avis n’excluent pas que les Etats-Unis aient, au départ, sciemment organisé la fuite de certaines informations allant dans ce sens pour faire pression sur l’Iran lorsque les Européens tentaient de négocier avec Téhéran pour l’arrêt du programme nucléaire iranien. Méthode qui, si elle était vraie, a dû vite montrer ses limites avec un Ahmadinejab ruant dans les brancards.

Mais les informations étayant la thèse d’une éventuelle attaque des sites nucléaires et militaires de l’Iran se sont faites, au fur et à mesure, plus insistantes et plus précises. Au point que Téhéran y a réagi, la semaine dernière, promettant à son tour, si l’Iran était attaqué, « une riposte destructrice ».

Quelles sont ces informations ? Elles ont quasiment toutes été rapportées par des journalistes américains.

Selon eux, le fort Rucker (Alabama) où se trouve le centre national d’entraînement aérien de l’armée américaine aurait reçu l’ordre du Pentagone de se tenir prêt à entraîner environ 50.000 à 60.000 recrues. Or, l’attaque qui se prépare, précisent-ils, serait principalement aérienne.

Nos confrères américains rapportent également avoir constaté un regain d’activité au centre de combat air-sol des marines, situé à Twentynine Palms, en Californie.

D’après ces mêmes sources, l’OTAN aurait été informé des futures frappes contre l’Iran.

Les responsables politiques et militaires américains auraient, par ailleurs, demandé au Bahrain, à l’Arabie Saoudite, au Pakistan, à la Jordanie, à Oman et à l’Azerbaijan d’apporter leur soutien aux États-Unis en cas d’attaque de l’Iran.

De son côté, la Turquie à qui le président russe Vladimir Poutine aurait demandé en novembre dernier de ne pas autoriser les États-Unis à utiliser ses bases en cas d’attaque militaire de l’Iran, a reçu une série de visites de grosses pointures de l’administration Bush, dont le directeur de la CIA Porter Goss, celui du FBI Robert Mueller, et la Secrétaire d’État Condoleezza Rice, venus lui demander, au contraire, de participer au niveau de la logistique et du renseignement.

Mueller, rapporte la presse, aurait fourni à Ankara la « preuve » du soutien iranien au PKK (Parti kurde des travailleurs) et à la guérilla en Turquie. Mais les turcs qui écoutent plutôt Poutine, de toutes les façons, n’en ont pas cru un mot.

Un célèbre journaliste américain, Seymour Hersh, avait également ajouté son petit grain de sel en dévoilant dans un article du magazine New Yorker qu’il tenait, d’agents haut placés des services secrets, une information selon laquelle des unités spéciales américaines étaient depuis plusieurs mois en Iran pour repérer des cibles d’attaques et étudier l’éventualité d’une invasion du pays. Le président Bush, à qui il a été demandé de réagir à cet article, n’a tout simplement pas, ont relevé nos confrères, exclu une option militaire contre l’Iran.

En plus des journalistes, plusieurs services secrets européens ont contribué à renforcer cette thèse d’attaque américaine en préparation...

Ainsi, rapportent les media, des sources appartenant au renseignement polonais, en désaccord avec le gouvernement de droite de leur pays, ont laissé filtrer l’information selon laquelle Radek Sikorski, ministre polonais de la Défense, aurait assuré son homologue américain Donald Rumsfeld du soutien de la Pologne en cas de frappes sur l’Iran.

Selon d’autres services secrets européens, la dernière décision de Poutine (via la société nationalisée du gaz naturel russe, Gazprom) de priver l’Ukraine de gaz naturel se voulait un message du président russe à des pays comme l’Ukraine, la Pologne, la Roumanie, la République tchèque, la Slovaquie, la Slovénie, la Croatie, la Moldavie, l’Autriche, la Hongrie, la Bosnie, la Serbie, et même la France, l’Allemagne, ou l’Italie, les avertissant de l’arme qu’il pourrait brandir contre eux s’ils apportaient leur soutien à une attaque de l’Iran par les Etats-Unis.

Enfin, dernier indice, rapporte par exemple, le journaliste Wayne Madsen, « d’après des informations émanant des services secrets d’Asie du Sud-Est, la soudaine décision qu’a récemment prise la Birmanie de déplacer sa capitale de Rangoon à Pyinmana, située 200 miles plus au Nord, résulterait d’avertissements lancés par les services de renseignement chinois, qui auraient mis en garde leurs alliés birmans contre les effets des retombées qui résulteraient d’une éventuelle attaque nucléaire conventionnelle ou tactique des installations nucléaires iraniennes par les États-Unis. On s’inquiète, en cas de frappes des installations nucléaires iraniennes, de la possibilité de voir se former un nuage radioactif de type Tchernobyl, susceptible de se retrouver pris dans les masses d’air de l’Océan Indien lorsque souffle la mousson. (...) Des centaines de fonctionnaires ont reçu l’ordre, avec seulement deux jours de préavis, de plier bagages et de quitter Rangoon pour Pyinmana, ville de montagne, qui jouit d’un climat plus sec ».

Voilà dans quelle conjoncture s’est placée la visite de Donald Rumsfeld au Maroc. Alors que tous les regards sont braqués sur l’administration Bush au sujet de cette question, un de ses plus influents représentants vient en visite dans le royaume. Après son entretien avec le Roi, il dit à peine quelques mots aux journalistes qui l’attendaient devant le palais et annule sa conférence de presse. Quant aux communiqués officiels, taillés dans le pur bois local, il ne fallait pas en attendre la moindre indication sur les vraies raisons de cette visite.

N’attendant aucune explication à ce sujet, des ONG ont d’emblée organisé un sit in, disant « non à l’intégration du Maroc dans les plans sécuritaire et militaire de l’impérialisme américain » (voir reportage page 27).

Et pour compléter ce dossier, l’avis de marocains de divers horizons sur une éventuelle attaque de l’Iran par les Etats-Unis. Iran avec qui, ont-ils parfois précisé, ils n’ont aucune affinité. Mais ils se placent sur le plan des principes... Aucun pays ne peut s’arroger le droit d’attaquer un autre pays. Que les Etats-Unis attaquent l’Iran et ce pays aura le soutien populaire dont il n’aurait jamais rêvé

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