Serge et Rota sont deux Congolais âgés respectivement de 25 et 33 ans. Ils sont arrivés à Tanger à pied dans le but d’avoir une place dans une “patera” et arriver en Espagne. Entretien.
Qu’est-ce qui vous a poussé à quitter votre pays ?
Vous savez que le Congo est un pays déchiré par la guerre.
Plusieurs de nos parents ont été tués, nos sœurs violées. Nous ne pouvons pas rester dans ce pays où on ne sait pas quand cela va tomber sur toi.
Alors nous avons décidé de partir ailleurs où la vie pourrait être meilleure qu’au Congo.
Il n’y a aucun respect des droits de l’homme dans notre pays, ni travail ni paix. Qu’est-ce que vous feriez à notre place si ce n’est de s’échapper ?
Quand on voit nos aînés qui reviennent de l’Europe avec de belles voitures, on se dit toujours que la vie est meilleure de l’autre côté et il faut qu’on y aille tenter notre chance par tous les moyens.
Est-ceque vous aviez de l’argent pour vous payer ce voyage ?
Nous n’avons pas besoin d’argent pour arriver là où nous sommes actuellement. Tu sais, c’est vrai qu’avec de l’argent, on pouvait voyager facilement, mais quand nous avons pris la décision de partir, on n’avait même pas pensé aux moyens. On s’est dit que nos pieds étaient assez résistants pour faire tout ce parcours.
Vous voulez dire que vous avez marché du Congo jusqu’à Tanger ?
Bien sûr ! Nous avons quitté le pays en 2000.
Moi (Rota), j’ai traversé le Congo Brazzaville, le Cameroun, le Nigeria, le Bénin, le Niger, avant d’arriver en Algérie. Je suis allé à Maghnia ; de Maghnia je suis arrivé à Oujda, puis Fès et enfin Tanger. J’ai fait cinq ans sur la route avant d’arriver à Tanger dans l’espoir de rejoindre l’Europe. Tanger, une ville que je n’avais connu que de nom par nos grands frères qui sont passés par là.
En ce qui me concerne, je (Serge) suis passé par le Bénin, le Burkina Faso, Bamako au Mali et nous nous sommes croisés en Algérie à Tamanrasset.
Mais une fois à Tanger, nous avons remarqué que ce n’était pas aussi facile que l’on ne pensait. Car on nous a dit qu’à partir de Tanger, il était facile de rejoindre l’Europe. Mais c’est tout à fait le contraire.
Avez-vous des personnes qui vous guident ?
Nous avons des guides marocains qui nous amènent où nous voulons et on les paie. Nous payons cher pour être guidé.
Nous les Congolais, nous payons 1000 euros, et les anglophones payent 1500 euros.
Et durant tout votre parcours, avez-vous rencontré des problèmes ?
Nous rencontrons beaucoup de problèmes en route, surtout quand nous sommes avec des filles.
Par exemple quand nous sommes arrivés à Alger, les policiers Algériens nous ont trompés et ils ont emmené les filles pendant presque une semaine. Et nous, nous sommes restés là à les attendre, car ils nous ont promis de nous donner un cachet d’entrée. Quand on a quitté Alger pour Maghnia, nous sommes tombés sur des agresseurs nigérians. Ils ont pratiquement établi un “gouvernement” avec toute une armée entre Alger et Maghnia dans la forêt. Eux aussi ils nous ont arraché les filles pour les traiter de la même façon que les policiers algériens. Il arrive que certains meurent en cours de route. C’est vraiment le parcours du combattant.
Et à quand l’Europe ?
Seul Dieu le sait. Si cela ne dépendait que de moi, je ne serais pas là en ce moment. Comme je te l’ai déjà dit, notre objectif ce n’est pas le Maroc, mais l’Europe. Et tôt ou tard nous y arriverons même si c’est au prix de notre vie.
Propos recueillis par Mukhtar Sonko
source: les Nouvelles du Nord