La manifestation antisyrienne contrebalance celle du Hezbollah

International : La manifestation antisyrienne contrebalance celle du Hezbollah

Posté par MaRoX le 15/3/2005 0:35:51 (530 lectures)

BEYROUTH - L'opposition anti-syrienne libanaise a réussi son pari de rassembler une foule au moins aussi nombreuse dans le centre de Beyrouth que le mouvement Hezbollah, soutenu par la Syrie, le 8 mars.

Venus notamment du Nord et de l'Est en car, camion, voiture et même en bateau, des centaines de milliers de manifestants - un million selon les organisateurs - ont envahi la place des Martyrs aux cris de "Syrie dehors !" et "Souveraineté, liberté, indépendance !".

Six jours auparavant, le Hezbollah avait éclipsé la marée montante des manifestations anti-syriennes en parvenant lui aussi à réunir place Riad al Solh, à quelque centaines de mètres de celle des Martyrs, jusqu'à un million de partisans du maintien du "protectorat" de facto de la Syrie.

En l'absence de toute confirmation indépendante des chiffres des uns et des autres, observateurs et témoins estiment que la manifestation monstre de lundi a surpassé en ampleur celle du 8 mars, conformément au souhait affiché par ses organisateurs.

Quoi qu'il en soit, ce rassemblement est le plus important réussi par l'opposition depuis qu'elle a entrepris de descendre pacifiquement dans les rues à la suite de l'assassinat de l'ancien Premier ministre sunnite Rafic Hariri, il y a un mois jour pour jour.

Pour la première fois, elle a draîné de nombreux sunnites, aux côtés des Druzes et des chrétiens maronites, fers de lance d'une opposition qui réclame, outre le départ des troupes syriennes, que toute la lumière soit faite sur la mort de Hariri, où beaucoup voient la main des "services" de Damas.

Bahiya Hariri, la soeur de l'ex-chef du gouvernement et elle-même députée, n'a pas mâché ses mots à propos des responsables libanais soutenus par la Syrie. Mais elle a en même temps tendu la main vers la Syrie et le Hezbollah.

"Nous demeurerons aux côtés de la Syrie jusqu'à ce que son territoire soit libéré, jusqu'à ce qu'elle retrouve sa pleine souveraineté sur le Plateau du Golan (occupé par Israël)", a-t-elle dit, avant de qualifier la Syrie de pays frère du Liban, en s'attirant les sifflets de la foule.

A Nabatieh, dans son fief du Sud, le Hezbollah avait réitéré dimanche son succès du 8 mars à Beyrouth en réunissant encore des centaines de milliers de manifestants pro-syriens dénonçant les présumées "ingérences" de Paris et Washington, qui réclament la levée de la mainmise militaire et politique syrienne sur le pays.

Cette surenchère de manifestations au nom de la souveraineté nationale, avec des forêts de drapeaux frappés du cèdre de part et d'autre, illustre l'accentuation vertigineuse du clivage qui divise les Libanais depuis le début de la crise, il y a un mois.

LA VERITE SUR LA MORT DE HARIRI EST "LIMPIDE"

Le président pro-syrien Emile Lahoud a réclamé ce week-end l'arrêt des manifestations et pressé une opposition réticente d'engager le dialogue avec le Premier ministre Omar Karamé, reconduit la semaine dernière dans ses fonctions après avoir démissionné sous la pression de la rue.

Considéré comme un des plus ardents opposants à la présence syrienne, le patriarche maronite Nasrallah Sfeir a, lui aussi, réclamé dimanche l'"arrêt des démonstrations de force dans la rue" et mis en garde la population contre leurs conséquences possibles pour la stabilité du pays.

Dans les milieux politiques, on redoute que, par crainte de débordements violents, les autorités ne décident, à partir de mardi, d'interdire tout nouveau rassemblement auquel cas l'opposition pourra se targuer d'avoir eu le dessus en matière de démonstration de force.

Les opposants, qui réclament la démission des dirigeants des services de sécurité libanais, excluent de participer au cabinet d'unité nationale que propose Karamé tant que toutes leurs exigences ne sont pas satisfaites, et ce, avant les élections prévues - en principe - en mai.

"Je demande à son Excellence le président de satisfaire l'exigence de tous les Libanais: démissionnez et laissez-nous nous remettre", a déclaré, sous les applaudissements, l'homme politique chrétien Carlos Eddé lors du meeting de la place des Martyrs.

"Nous exigeons de savoir qui a tué Rafic", confiait, dans la foule, Moustafa Mourad, un manifestant sunnite brandissant le drapeau national et arborant à la boutonnière un portait de l'ancien Premier ministre.

"Vous voulez la verité ? Elle est limpide. Le monde et le Liban les connaissent bien (les tueurs), ils les connaissent chacun par leur nom et leur grade", a affirmé pour sa part aux manifestants le député druze Marouane Hamadeh, qui a lui-même échappé en octobre à une tentative d'assassinat.

La Syrie, qui s'est engagée ce week-end auprès de l'Onu à se retirer totalement du Liban, a démenti avoir un rapport de près ou de loin avec l'assassinat de Hariri.

Les Etats-Unis ont accueilli lundi avec prudence les promesses syriennes, rappelant que Damas devrait avoir retiré l'ensemble de ses troupes et agents de renseignement déployés au Liban avant les élections prévues au mois de mai.

"Quelques signes encourageants ressortent de ces discussions mais nous avons avons besoin de plus de précisions", a déclaré le porte-parole de la Maison blanche, Scott McClellan. "Nous exigeons un retrait complet des forces militaires et des services de renseignements syriens aussi vite que possible."

Tenu pour l'artisan de la reconstruction du Liban après la désastreuse guerre civile de 1975-1990, Hariri a démissionné en octobre 2004 après s'être rebellé contre la tutelle de Damas, qui avait littéralement imposé que Lahoud soit reconduit à la présidence.

Source : Liberation

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