Le parlement chinois a adopté une loi prévoyant le recours à la force si Taïwan déclare son indépendance. Une décision qui ne plait guère à Taipei qui la qualifie d'autorisation à faire la guerre.
Les observateurs estime que le risque de guerre reste malgré tout éloigné. La communauté internationale, excepté la Russie, s'inquiète de la position chinoise.
Le parlement chinois a adopté lundi à la quasi-unanimité une loi prévoyant le recours à la force si Taïwan déclare son indépendance. Taipei a aussitôt dénoncé cette «grave provocation», qualifiée d'autorisation à faire la guerre.
La législation a été votée par 2896 délégués de l'Assemblée nationale populaire (ANP), alors que deux députés se sont abstenus. Aucun député n'a voté contre. Le président chinois Hu Jintao a signé dans la foulée un décret faisant immédiatement entrer en vigueur ce texte.
"Pas une loi guerrière"
Le premier ministre Wen Jiabao a de son côté assuré qu'il ne s'agissait pas d'une «loi guerrière». Le texte prévoit trois conditions dans lesquelles «l'Etat devra protéger la souveraineté nationale et l'intégrité territoriale par des moyens non pacifiques».
Ces conditions seront remplies «si les forces séparatistes de Taïwan provoquent, sous quelque nom ou par quelque moyen que ce soit, une sécession de Taïwan vis-à-vis de la Chine, si un événement majeur crée une séparation ou si les conditions d'une unification pacifique disparaissent complètement», précise-t-il.
Taiwan, qui compte 23 millions d'habitants, jouit d'une indépendance de fait depuis la fin de la guerre entre communistes et nationalistes en 1949. Mais Pékin la considère toujours comme une province rebelle et cherche à prévenir toute tentation de créer un Etat distinct de la Chine.
Feu vert à la guerre
Les autorités taiwanaises ont immédiatement dénoncé l'adoption de cette loi. Celle-ci «équivaut à autoriser la guerre (...) car son essence est de permettre l'adoption de moyens 'non pacifiques' contre l'île en cas de nécessité», a déclaré le porte-parole du gouvernement Cho Jung-tai.
Le Conseil taiwanais des affaires continentales, qui édicte la politique de Taipeh à l'égard de la Chine, a estimé pour sa part que cette législation constituait une «grave provocation» de Pékin. Pour son chef Joseph Wu, cette loi est «si vague qu'elle représente un chèque en blanc» pour une annexion militaire de l'île.
Manifestation prévue
M. Wu a toutefois déclaré que Taipei n'avait pas l'intention de répliquer à Pékin par un referendum ou une législation contestant la loi adoptée par le parlement chinois.
Le parti démocratique progressiste (DPP) du président Chen Shui-bian a par ailleurs renouvelé l'appel à une grande manifestation le 26 mars, souhaitant qu'un million de personnes au moins descendent dans la rue.
Risque de guerre éloigné
Le Parti nationaliste d'opposition, plus conciliant vis-à-vis de Pékin, a également fait part de sa colère et de sa consternation. Il a toutefois appelé à la reprise du dialogue entre Pékin et Taipei pour éviter de nouvelles tensions. Selon Taipei, la Chine dispose de quelque 600 missiles pointés sur l'île.
Le risque de guerre reste malgré tout éloigné, selon les observateurs. «Une guerre serait trop coûteuse pour le processus de modernisation de la Chine», estime Joseph Cheng, politologue à la City University de Hong Kong.
Source : tsr.ch avec les agences