Face à l’ingérence de Bruxelles
La fermeté de Rabat s’impose
Et si le Maroc décidait tout simplement d’annuler l’accord de pêche qu’il a signé avec l’Union européenne ? Du moment que cette dernière, par le biais de son service juridique, brandit clairement la menace de suspendre ledit protocole “au cas où les populations du Sahara ne reçoivent pas une partie de la contribution financière”.
De quel droit la Communauté européenne s’immiscerait-elle dans les affaires souveraines du Royaume ?
Décidément, Bruxelles, ou du moins certaines voix ne veulent pas lâcher prise. L’accord de pêche, signé entre la Communauté européenne et le Maroc, risquerait peut-être d’être encore une fois reporté aux calendes grècques. On est tenté de dire tant mieux.
Signé le 28 juillet dernier, il n’est toujours pas encore ratifié par le Parlement européen, et pour cause.
L’article de l’accord définit dans son premier alinéa la « Zone de pêche marocaine » à savoir les eaux relevant de la souveraineté ou de la juridiction du Royaume du Maroc". Des voix s’étaient élevées pour amputer le littoral marocain de sa partie sud dans une tentative de limiter la zone de pêche au littoral au nord de TanTan. La commission des experts juridiques a émis un avis favorable à ce que la flotte communautaire puisse opérer dans les eaux marocaines de Tanger à Lagouira.
Mais cela n’a pas suffi à ceux qui cherchent toujours noise au Maroc.
Un récent rapport de la commission de développement va jusqu’à demander de manière succinte un “droit de regard” sur les modalités d’application des dispositions de l’accord.
En rappelant que dans l’accord de partenariat, les priorités actuelles de la politique des pêches au Maroc sont “la modernisation et la mise à niveau de la flotte côtière, retrait des filets maillants dérivants, la recherche scientifique, la restructuration de la pêche artisanale, mise à niveau des circuits de commercialisation, la mécanisation des moyens de débarquement et de manutention et enfin la formation et l’ appui aux organisations professionnelles du secteur marocain”, le rapport de la commission de développement déplore l’absence “d’actions ciblées sur cet objectif”. Mais ce qui surprend le plus dans l’attitude de Bruxelles, c’est sa focalisation sur le Sahara marocain.
N’ayant pu obtenir gain de cause, auprès des experts juridiques, pour limiter la zone de pêche à la partie nord des eaux territoriales marocaines, ceux qui font du Sahara marocain un ersatz, cherchent à se rabattre maintenant sur la contrepartie financière de l’accord pour faire pression sur Rabat.
Cette contrepartie est fixée à 36.100.000 EUR par an, auxquels il faut ajouter quelque trois millions d’Euros équivalant aux redevances fixées aux armateurs commnautaires qui opéreraient dans les eaux territoriales marocaines dans le cadre du protocole de pêche.
Le tiers des 36.100.000 est alloué au développement et mise en oeuvre pour les objectifs sus cités.
“Si tout va bien” comme l’a précisé le commissaire européen à la pêche. Ce qui ne semble pas être le cas. Puisque Bruxelles, par la voix du service juridique de la commission de développement, “suggère que le Parlement européen puisse recevoir de la Commission et du Conseil l’assurance qu’ils exigeront du Maroc les nécessaires garanties à ce propos, et que la Communauté envisage la suspension de l’accord au cas où les populations du Sahara ne reçoivent pas une partie de la contribution financière”. La même commission pousse l’ingérence jusqu’à proposer un amendement au texte initial de l’accord signé par Rabat et Bruxelles.
L’amendement proposé est que “la contrepartie financière de la Communauté européenne devrait aussi être utilisée pour le développement des populations côtières du Maroc et du Sahara occidental (sic) qui vivent de la pêche et pour la création de petites et moyennes entreprises locales de la filière pêche”.
A croire que l’Union Européenne ignore le développement et l’essor qu’ont connus les provinces sahariennes marocaines.
Bruxelles ignore-t-elle qu’avant que le Maroc ne récupère ses provinces saharienne en 1975, il n’y avait ni port de Laâyoune, ni celui de Boujdor, encore moins celui de Dakhla, destiné à être le plus grand port céphalopodier. Et tous ces chantiers, le Maroc n’a pas attendu les contreparties financières européennes des précédents accords de pêche pour les réaliser. Accords soit dit en passant, qui ne faisaient pas la fine bouche pour le poisson pêché dans les eaux territoriales marocaines de ces province du sud.
Quant à la menace de suspendre l’accord au cas où le Maroc ne présenterait pas de garanties à ce propos, il suffit de savoir que le Parlement marocain n’a pas encore, lui non plus ratifié, l’accord en question. Et il est de son droit de le rejeter, même dans sa version initiale, tant qu’il nuit aux intérêts du secteur halieutique marocain.
Et puis, pour apporter une touche humoristique, on n’a jamais vu un locataire imposer au propriétaire la manière de disposer du montant du bail.
Source : L'opinion