La polémique rebondit après les trois morts de Guantanamo

International : La polémique rebondit après les trois morts de Guantanamo

Posté par inter le 12/6/2006 16:59:55 (741 lectures)

Deux Saoudiens, âgés de 19 et 22 ans, et un Yéménite, ont été retrouvés pendus dans la prison américaine de Guantanamo, relançant la controverse déjà vive sur ce camp de détention où des individus soupçonnés de terrorisme sont détenus depuis des années sans procès.

Les familles des deux Saoudiens "ne croient pas qu'ils se sont suicidés", a déclaré dimanche leur avocat, Me Kateb al-Chammari.

"La version américaine" du suicide "soulève chez nous d'énormes doutes", a-t-il ajouté, en citant le "contrôle rapproché et continu des prisonniers par une surveillance individuelle ou par des caméras opérant 24 heures sur 24".

"Leur mort témoigne de la torture et des traitements inhumains auxquels sont soumis les prisonniers à Guantanamo", a-t-il poursuivi, réclamant la formation d'une commission indépendante pour enquêter sur les circonstances des décès.

Après ces premiers cas de suicide enregistrés à Guantanamo depuis l'ouverture du camp en 2002, le président américain George W. Bush a exprimé sa "profonde inquiétude", tandis que la Grande-Bretagne se bornait à considérer qu'il s'agissait d'un "triste incident".

Ces décès à Guantanamo, où les détenus ont multiplié les grèves de la faim et les tentatives de suicide depuis quatre ans, ont suscité la réprobation d'organisations de défense des droits de l'Homme.

Le Centre pour les droits constitutionnels (CCR), où travaillent de nombreux avocats défendant plus de 200 détenus, a ainsi dénoncé "une détention aveugle, indéfinie, sans aucune possibilité de justice dans l'avenir".

Amnesty International a réitéré dimanche ses appels à la fermeture du camp, soulignant que la nouvelle des trois décès était "un nouveau rappel tragique de ce que les Etats-Unis doivent mettre fin à l'état d'illégalité" à Guantanamo.

C'est également l'avis du rapporteur des Nations unies sur la torture, Manfred Nowak, auteur en février d'un rapport extrêmement critique du traitement des prisonniers à Guantanamo. Le sommet Union européenne-Etats-Unis du 21 juin "serait une excellente occasion de demander la fermeture immédiate" de cette prison, a-t-il déclaré.

"Aucun musulman ne peut se suicider"

Pour le contre-amiral américain Harry Harris, commandant de la base de Guantanamo, ces suicides ne sont cependant pas des "actes de désespoir" mais des "actes de guerre".

Samedi tôt le matin, des gardiens ont découvert trois détenus pendus dans leur cellule. Ils étaient inconscients, ils ne respiraient plus, et tous les efforts pour les ranimer ont été vains, a-t-il expliqué.

L'Arabie saoudite a engagé une procédure pour rapatrier les corps de ses ressortissants qui étaient adolescents quand ils ont été arrêtés. Les Saoudiens constituent près de 25% des détenus de Guantanamo.

Yasser Talal al-Zahrani, 22 ans, natif de Médine, la deuxième ville sainte de l'islam, dans l'ouest de l'Arabie saoudite, adressait des lettres à ses parents par le biais du Comité international de la Croix-Rouge (CICR). En revanche, les parents de Manii ben Chamane al-Otaïbi, 19 ans, originaire d'Ad-Dawadami, à 200 km au nord de Ryad, n'avaient reçu qu'une seule lettre de leur fils, parvenue par la poste, selon l'avocat des deux familles saoudiennes.

L'identité du Yéménite décédé n'a pas été communiquée.

Une enquête a été ouverte pour déterminer les circonstances des décès et des autopsies devaient être pratiquées.

A Kaboul, un porte-parole autoproclamé des talibans a accusé les Etats-Unis d'avoir tué les trois détenus. "Aucun musulman, aucun moudjahidine ne peut se suicider. C'est interdit par la sharia, la loi islamique", a déclaré un porte-parole des rebelles, Mohammad Hanif.

Les détenus de la base de Guantanamo ont pour la plupart été arrêtés en Afghanistan à l'automne 2001, lors de la campagne américaine contre les talibans et leurs alliés du réseau Al-Qaïda. Environ 760 prisonniers sont passés par Guantanamo, et sur les quelque 460 qui s'y trouvent encore, seuls 10 hommes ont été formellement inculpés et aucun n'a encore été jugé.

AFP

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