
Les Européens doivent fixer vendredi leurs contributions à la force de maintien de la paix au Liban devant le secrétaire général de l'Onu Kofi Annan, dans un climat plus optimiste après la décision de la France d'y affecter 2.000 soldats.
Jeudi, le président Jacques Chirac a présenté une contribution plus conforme aux attentes internationales, en annonçant une participation de 2.000 soldats français à la nouvelle Force intérimaire de l'ONU au Liban (Finul). Il a dit que son pays était prêt à continuer à assumer son commandement. L'ONU a d'ailleurs confirmé que le général français Alain Pellegrini, actuel commandant de la Finul depuis 1978, conserverait son poste "avec le fort soutien" de M. Annan une fois que cette force sera élargie.
Dans un premier temps, la France n'avait prévu que 200 soldats, en plus de ses 200 Casques bleus déjà sur place, s'attirant les critiques de ceux qui s'attendaient à ce qu'elle fournisse l'ossature de la force censée consolider la trêve pour laquelle Paris avait joué un rôle diplomatique capital. M. Chirac a expliqué avoir décidé de ces nouveaux renforts après avoir obtenu de l'Onu, d'Israël et du Liban les "clarifications nécessaires" et les "garanties" en vue du déploiement de la force internationale, surtout en ce qui concerne la sécurité des soldats sur le terrain.
Aux termes de la résolution 1701 du Conseil de sécurité de l'ONU qui a mis fin à 34 jours de guerre sanglante et dévastatrice au Liban, la nouvelle Finul doit être portée à terme à 15.000 hommes censés appuyer l'armée libanaise qui s'est déployée dans le sud après plus de trois décennies d'absence. Mais les règles d'engagement de la force restent ambigües, d'où les hésitations des 25 pays de l'Union européenne appelés par l'ONU à en être les fers de lance. Le terrain au Liban sud reste en effet dangereux, l'armée israélienne y occupant toujours des positions et le Hezbollah, qui refuse de désarmer, y étant présent.
Israël, qui devra se retirer totalement du Liban sud au fur et à mesure du déploiement de la nouvelle force internationale, a affirmé que celle-ci atteindrait les 15.000 hommes par la voix de l'une des principales conseillères du Premier ministre Ehud Olmert, Miri Eisen. Pour elle, "l'idée est que la force internationale va aider l'armée libanaise à désarmer le Hezbollah", alors que la résolution 1701 n'indique pas précisément qui devra contraindre la formation chiite à désarmer et comment.
Quoi qu'il en soit, l'annonce française, bien accueillie par les Etats-Unis, Israël, le Liban et l'Italie, devrait avoir un effet d'entraînement et pousser les Européens à définir leurs contributions à la force internationale, lors de leur réunion à Bruxelles prévue à 13H00 GMT. Celle-ci s'annonce "très positive", la contribution substantielle française devant "tranquilliser d'autres pays" européens et les encourager à préciser leurs propres contributions, selon une source européenne à Bruxelles.
Si l'on ajoute les 2.000 Français aux 2.000 à 3.000 hommes promis par l'Italie, en plus une participation espagnole qui pourrait être de 700 hommes, cela signifie que les Européens représenteront de toutes façons "plus du tiers" de la nouvelle force, voire "beaucoup plus", a-t-elle ajouté. Le chef de la diplomatie française Philippe Douste-Blazy a affirmé, après l'"effort significatif" de son pays, attendre "maintenant de nos partenaires européens qu'ils disent combien ils vont mettre".
Les Etats-Unis, déjà très exposés en Irak ou encore en Afghanistan, offriront seule une contribution logistique à la force. Après Bruxelles, M. Annan partira pour une tournée au Proche-Orient qui le conduira notamment au Liban et en Israël. L'ONU souhaite voir arriver les renforts de la Finul avant fin août même s'il reste encore à préciser les responsabilités et la zone exacte de déploiement de la force.
Israël souhaite que cette force prenne position aussi à la frontière syrienne, pour stopper les transferts d'armes au Hezbollah dont sont accusés la Syrie et l'Iran. Mais la Syrie a menacé de fermer sa frontière avec le Liban en cas d'un tel déploiement. Le président syrien Bachar al-Assad a affirmé qu'il constituerait un acte "hostile" à l'égard de son pays.
Un déploiement rapide de la nouvelle Finul permettrait en outre de lever le blocus aérien et maritime qu'Israël maintient sur le Liban. Dans le cadre du renforcement de la Finul, le deuxième détachement de renforts français a débarqué au port de Naqoura, où les premiers chalands du Foudre ont débarqué des véhicules et une partie des 170 soldats du génie spécialisés dans le déblaiement, la reconstruction et le déminage.
Source;Menara