Cheminement régressif pour le Maroc de 2025
Si le Maroc ne parvient pas, dès maintenant, à agir pour dépasser ses goulets d’étranglement et transformer les nœuds du futur, décrits ci-dessus, en véritables leviers de développement, c’est à un scénario régressif qu’il risque d’être confronté.
Le cheminement régressif demeure probable si les réformes en cours ne deviennent pas plus vigoureuses, si elles ne sont pas menées à leur terme ou si elles font l’objet de surenchères susceptibles d’affaiblir l’engagement collectif. Mais aussi si le pays n’est pas en mesure de s’adapter avec intelligence aux nouveaux enjeux et aux changements de son environnement international.
Inacceptable, le tableau régressif du Maroc de 2025 se présenterait comme suit :
• Aggravation des insuffisances inhérentes au système de gouvernance, qui pourraient entraver les avancées démocratiques et porter préjudice au processus de développement.
• Un enseignement primaire généralisé mais faisant face à des problèmes de qualité et de rendement. L’enseignement secondaire et l’enseignement collégial continuant d’exclure plus du tiers des effectifs potentiels. Un taux d’analphabétisme qui serait de l’ordre de 20% et des ressources humaines insuffisamment qualifiées pour faire face aux défis de la compétitivité. • Un accès inéquitable aux soins, du fait de la pauvreté et de la marginalisation de larges franges de la population en dépit des progrès éventuels en matière de couverture médicale, de réduction des taux de mortalités maternelle et infantile et de recul de certaines maladies transmissibles. Les maladies et pandémies émergentes (SIDA, Creutzfeld-Jacob, grippe aviaire, …) constitueraient un danger certain pour de nombreuses populations.
• Une économie peu compétitive dont le rythme de croissance insuffisant engendrerait un taux de chômage dépassant 20%, l’approfondissement et l’extension de la pauvreté, de la vulnérabilité et de l’exclusion.
• Une dégradation des ressources naturelles qui pourraient même s’accélérer du fait d’une pression démographique croissante et de modes de gestion inadéquats. Le Maroc sera en pénurie d’eau et le couvert végétal pourrait être réduit de 600.000 hectares de forêts.
• L’affaiblissement du secteur agricole eu égard, entre autres, aux contraintes de la mondialisation, ce qui intensifiera l’exode rural et aggravera le développement anarchique des villes et de leurs périphéries et exercera une pression forte sur le marché du travail.
La conjugaison de cette série de facteurs pourrait précipiter le pays dans une spirale de la régression et le conduire à une situation intenable.
Ce scénario inacceptable doit interpeller les responsables, les élites et l’ensemble de la nation. Car s’il est vrai qu’une alternative de progrès existe, sa concrétisation ne découle pas de sa simple énonciation. Elle exige ambition, détermination et engagement.
Le Maroc souhaitable est possible
La perception de l’avenir souhaitable se fonde sur les germes de changement observés et sur les exigences du développement souhaité. Cette perception s’articule autour de la consolidation du processus démocratique, de la conduite réussie de la décentralisation, de la réduction des inégalités et de l’exclusion et de l’insertion harmonieuse dans la mondialisation.
• Le Maroc souhaitable à l’horizon 2025 est un pays ouvert sur les valeurs universelles, attaché à ses racines, valorisant sa diversité culturelle et partageant des valeurs de progrès.
• Un Maroc moins inégalitaire et plus solidaire, avec un accès généralisé aux services et infrastructures de base et garantissant à tous ses citoyens des conditions de vie décentes.
• Un Maroc décentralisé où toutes les collectivités contribuent au processus de développement humain en valorisant leur diversité et leurs potentialités matérielles et immatérielles. L’exemplarité de son engagement démocratique se présentera dès lors comme un atout déterminant, offrant dans le cas des Provinces du Sud, la seule porte de sortie possible : une autonomie permettant aux populations de gérer démocratiquement leurs affaires, dans le respect total de la souveraineté, de l’unité et de l’intégrité territoriale du Royaume.
• Un Maroc largement intégré dans la société du savoir.
• Un Maroc où la bonne gouvernance est profondément ancrée dans les mœurs et les pratiques de tous les acteurs du développement.
• Un Maroc où la libération des capacités humaines et son corollaire, le renforcement de la responsabilisation des individus, se feraient dans un environnement incitatif, qui n’entrave ni ne contrarie les efforts des individus qui visent à prendre en main leur propre destinée.
• Un Maroc disposant d’une économie forte, intégrée, compétitive, ouverte sur le reste du monde et génératrice d’emplois et de richesses.
• Un Maroc qui aurait satisfait aux Objectifs du Millénaire bien avant 2015.
• Un Maroc bien inséré dans son environnement maghrébin, africain, méditerranéen et mondial.
Les opportunités qu’offre une conjoncture mondiale exceptionnelle sont considérables. Les saisir exige volonté, intelligence et réactivité de notre part.
L’intégration habile à l’économie du savoir, par le biais d’un alignement sur les benchmarks régionaux et internationaux dans ce domaine, offre une « sortie par le haut » pour l’économie marocaine. Notre pays peut ainsi légitimement ambitionner, au cours des deux décennies qui viennent, le passage d’une situation de « pays intermédiaire » à un statut de « pays émergent », avec un revenu dépassant 8.000 dollars constants par habitant.
Le Maroc pourrait également, et raisonnablement, aspirer à :
• Ramener le taux d’analphabétisme des adultes en deçà de 5% et à zéro au sein des entreprises.
• Ramener le taux de chômage à moins de 10%.
• Amener au niveau du Baccalauréat 70% d’élèves d’une même classe d’âge. • Amener l’effort de Recherche et Développement à 5% du PIB.
• Quintupler les effectifs d’ingénieurs formés annuellement pour atteindre plus de 40 ingénieurs pour 10.000 habitants en 2025, favorisant ainsi une résurgence de l’intérêt des jeunes marocains pour les branches scientifiques et techniques aujourd’hui désertées.
• Faire en sorte que 40% des postes de responsabilité aux femmes reviennent à des femmes.
• Couvrir à hauteur de 15% les besoins énergétiques par des sources d’énergies renouvelables.
• Réaliser l’égalité d’accès de tous les Marocains aux services de base.
Aller vers 2025 : les paris d’un scénario souhaitable
Avec le recul que confère la réflexion sur un demi-siècle de développement humain, le pays peut regarder aujourd’hui son passé avec sérénité et envisager son avenir avec confiance, dans une démarche qui veut réconcilier introspection et rigueur, volontarisme et lucidité. Notre pays a l’ardente obligation de se mobiliser autour d’un cap et de construire le futur auquel il aspire : un avenir préparé plutôt que fatalement subi.
Pour avancer vers ce futur souhaitable, le pays doit d’abord rompre définitivement avec les maux, largement diagnostiqués, qui sont à l’origine de ses retards et qui hypothèquent encore son avenir. Il a besoin de transformer en leviers les nœuds du futur : savoir, gouvernance, économie, inclusion et santé et cadre de vie qui constituent autant d’espaces privilégiés de réforme et d’action auxquels viendront s’ajouter de nouveaux enjeux.
Sont ici déclinées des pistes d’action en vue de donner corps à cette vision.
S’il est vrai que la vision peut être partagée, il n’est pas moins vrai que les cheminements pour y parvenir demeurent multiples et constituent l’objet même de l’exercice politique. Cependant, en même temps que la réflexion sur un agenda national doit rester ouverte et susceptible d’enrichissements divers et alternatifs, le pays devrait pouvoir sanctuariser certains de ses réformes et de ses chantiers décisifs qui transcendent, par leur nature et par leurs enjeux, les conjonctures et les alternances politiques. Il revient alors aux prota gonistes politiques d’y œuvrer dès lors que ces « accords » n’entravent en rien la pratique démocratique. Des questions comme celles de la réforme éducative et de l’intégration à la société du savoir, de l’aménagement du territoire, de la lutte contre la pauvreté ou encore celle de l’équation de l’eau constituent autant de domaines cruciaux où des pactes nationaux, centrés autour d’objectifs volontaristes, doivent être conclus.
L’horizon 2025 implique pour le Maroc de gagner au moins cinq grands paris d’avenir :
• Consolider la normalité politique, renforcer la cohésion nationale et améliorer le système de gouvernance ;
• Réunir les conditions d’une intégration vigoureuse du Maroc à l’économie et à la société du savoir ;
• Refonder une économie compétitive, mettant à profit la fenêtre d’opportunité démographique ;
• Gagner la bataille contre les exclusions, réorganiser les solidarités et vaincre la pauvreté ;
• Saisir les opportunités de l’ouverture, surmonter ses menaces et aller vers de nouvelles logiques de positionnement régional.
Consolider la normalité politique,
renforcer la cohésion nationale et améliorer le système de gouvernance Le Maroc devra non seulement achever sa transition, mais s’installer durablement dans la normalité politique. Ce passage ne pourra se faire qu’avec des acteurs profondément attachés à la démocratie, avec à leur tête une Monarchie constitutionnelle assumant, dans la continuité de son rôle historique et en accord avec les forces vives de la nation, le pilotage des différentes étapes de ce cheminement politique. Les processus électoraux permettront de passer d’une pluralité quantitative de formations politiques à un pluralisme des projets et des alternatives, induisant dans leur sillage la recomposition du champ politique national autour de blocs idéologiques clairs et un renouveau du rôle des élites. Dans cette perspective, l’engagement en politique devient un acte citoyen .
Réhabiliter le rôle et la place des partis politiques dans la vie publique devient incontournable, au même titre d’ailleurs que celui des médias et de la société civile.Trois groupes d’acteurs appelés à se projeter dans l’avenir et à s’adapter aux changements que connaît la société et aux mutations des idées, des savoirs et des techniques de par le monde. Le passage définitif à la normalité politique ne pourra pas non plus se faire sans un environnement de sécurité et de stabilité et sans un rôle reconnu, voire institutionnalisé, pour l’opposition.
La décentralisation devrait trouver un nouvel élan, en tant qu’espace de diffusion de la pratique démocratique, d’élargissement de la base de l’élite, d’organisation de la proximité et de la participation des populations, ainsi que de décongestionnement du processus décisionnel. La territorialisation des politiques et des programmes publics améliorera l’efficacité des interventions de l’Etat. La déconcentration et l’interministérialité devraient être renforcées en tant que règles normales de déploiement territorial de l’action de l’Etat.
L’option régionale constitue également un choix d’avenir aussi bien pour des impératifs démocratiques qu’économiques. Le pays, qui s’y est résolument engagé, devra s’en donner les moyens, afin que la région se transforme effectivement en espace d’expression et de représentation politique et s’affirme en tant qu’échelon pertinent de conduite de politiques publiques, coordonnées et intégrées. A l’instar des communes, l’institution régionale devra bénéficier de transferts importants de compétences et de m oyens, principalement dans les domaines de l’aménagement du territoire et du développement économique. La stabilisation de la carte administrative, fondée sur un découpage territorial plus rationnel, et la consécration du rôle des deux étages stratégiques de la décentralisation que sont la commune et la Région, sont ainsi deux projets porteurs tout autant pour la démocratie que pour l’efficacité des politiques de développement.
Enfin, le renouveau de la gouvernance publique est le pendant opérationnel du renouveau politique ; il est aussi la condition nécessaire pour engager le Maroc sur la voie d’un développement humain élevé et durable. Ainsi, le système de décision publique gagnerait à être rationalisé et à devenir plus interactif : l’action de l’Etat sera plus efficace lorsqu’il assumera pleinement ses missions d’Etat stratège et régulateur et qu’il offrira un maximum de visibilité aux acteurs politiques, sociaux et économiques. Au cours des deux décennies à venir, le Maroc devra rompre de manière irréversible avec les pratiques de corruption et de mauvaise gestion des ressources publiques. Le mérite, l’obligation de rendre compte, la transparence et l’évaluation devront devenir des principes ordinaires de la gestion de la chose publique. Le rôle des institutions de contrôle administratif et financier est déterminant à cet effet, au même titre que celui des médias. La qualité du service rendu au citoyen (usager, client et contribuable) devra s’ériger en critère principal de la reconduction de ses mandataires du service public et de l’affectation des moyens.
Réunir les conditions d’une intégration vigoureuse du Maroc à l’économie et à la société du savoir
Réinventer l’école constitue un pari majeur. Une école, productrice de sens, transmettant les valeurs citoyennes, et vecteur de mobilité sociale. Une école rayonnant sur son environnement, intégrée dans son espace et véhiculant les idées de progrès. Une école qui aura relevé le défi de la qualité et de l’adaptation aux exigences du XXIème siècle. Une école où le corps enseignant, réhabilité, crédibilisé et respecté, aura assumé toutes ses responsabilités vis-à-vis des apprenants. Cette école-là donnera au pays des ressources humaines suffisamment qualifiées pour lui permettre d’entrer de plain-pied dans l’économie du savoir et de gagner la bataille du développement. Elle lui fournira également les élites politiques et sociales qui garantiront la réussite du projet démocratique national.
Une nation qui s’engage dans la société du savoir ne peut se contenter de transferts de technologies. Elle devrait disposer d’instruments et de compétences propres de Recherche et Développement. La réussite de cette intégration à la société du savoir serait inconcevable sans une forte pénétration des technologies de l’information et de la communication aussi bien au niveau des entreprises que des administrations et des ménages.
Refonder une économie compétitive, mettant à profit la fenêtre d’opportunité démographique
La croissance économique reste impérative pour élever le niveau de vie des populations, faciliter l’insertion socio-économique des citoyens et répondre à leurs besoins. Elle est d’autant plus nécessaire que le Maroc n’a d’autre choix que de relever le défi de la fenêtre d’opportunité démographique, qui se profile pour les années à venir.
Le défi est de taille. La variable démographique, et l’enjeu qu’elle recèle en termes d’emploi, est en passe de conditionner totalement le développement humain futur du pays : c’est, en effet, à un rythme de 400.000 créations d’emplois par an que le Maroc devra passer dans les années à venir, au lieu de 200.000 en moyenne actuellement.
Transformer cette fenêtre d’opportunité en « dividende démographique » constitue un pari historique pour le Maroc, puisqu’il n’en connaîtra pas de pareil durant tout ce siècle.
Les politiques économiques et sectorielles devraient être orientées vers des objectifs plus ambitieux de croissance, d’emploi et de bien-être. Construire une nouvelle économie du monde rural, diversifiée mais articulée autour d’une agriculture reconvertie, est le chantier des deux décennies à venir. Les activités de l’industrie et des services gagneront une nouvelle vitalité, si le Maroc réussit son intégration à l’économie de la connaissance, dans les perspectives exceptionnelles qu’offre la mondialisation des échanges. Dans ce cadre, la réforme annoncée du système fiscal devra être menée à son terme, dans une optique conciliant équité sociale et égalité de tous devant l’impôt, compétitivité des entreprises nationales et attractivité des territoires.
Notre pays devra ainsi améliorer sa compétitivité pour gagner de nouvelles parts sur les marchés régionaux et internationaux, en profitant de la levée des barrières douanières et de la baisse des coûts logistiques sur de nouveaux marchés. Une stratégie plus agressive d’exportation devrait ainsi être formulée. Elle gagnerait à être couplée à une politique d’attractivité pour les capitaux et les investissements étrangers, dans le cadre d’une stratégie globale et renouvelée de promotion des produits et du site Maroc à l’étranger.
Notre pays ne doit pas tarder à se doter d’une telle stratégie qui appelle, particulièrement, l’abandon définitif des cloisonnements actuels et leur remplacement par des structures flexibles et efficaces, dans l’objectif d’un repositionnement porteur sur les marchés mondiaux.
De même, le Maroc gagnerait à être doté d’une vision compétitive de ses territoires, à travers l’incitation à l’émergence de « pôles régionaux de compétitivité », une préoccupation qui devra être centrale pour toute stratégie d’aménagement du territoire dans un contexte de mondialisation. Le Maroc devra, par ailleurs, entreprendre une réorientation des politiques de l’eau et de l’énergie. En effet, la question centrale de l’eau appelle une réorientation vers des ressources moins conventionnelles et vers la maîtrise progressive de la demande. Le pays ne pourra pas faire l’économie d’une gestion plus rationnelle et plus équitable de l’eau et d’une réelle prise en charge des dimensions amont et écologiques que suscitera, au niveau de tous les bassins versants, la situation prévisible de pénurie des ressources hydriques. En matière d’énergie, la hausse durable du prix du baril du pétrole obligera le Maroc à maîtriser sa consommation en pétrole, à diversifier son bilan énergétique et à explorer des pistes nouvelles, qui soient moins onéreuses et plus à même de préserver l’environnement. Il devra aussi se consacrer à la sensibilisation des populations aux économies d’énergie et aux énergies renouvelables et propres. Il pourra également mettre à profit la coopération bilatérale afin de développer l’énergie nucléaire civile, dans le cadre d’un « partenariat stratégique de confiance », tout en mettant en place les infrastructures industrielles et scientifiques adéquates, afin de s’assurer de la sécurité de tels projets. L’option du nucléaire civil constitue, pour les décennies à venir, une option qui devrait être sérieusement envisagée au Maroc, eu égard aux incertitudes qui s’accentueront sur le marché énergétique mondial.
Gagner la bataille contre les exclusions, réorganiser les solidarités et vaincre la pauvreté
Les deux décennies qui viennent seront marquées, notamment, par un déplacement des grands enjeux du développement humain vers les villes où résideraient plus de 7 Marocains sur 10 d’ici 2025. L’émergence d’une véritable politique de la ville et la réorganisation des solidarités dans ces espaces constitueront ainsi deux chantiers décisifs à cet horizon. De fait, l’anticipation de l’urbanisation et la préparation des ensembles urbains passeront par une véritable politique de la ville, plus intégrée et plus inclusive. La gestion des villes ne peut plus se réduire aux seules questions de l’urbanisme et du logement.
Parce que les villes constituent des lieux stratégiques de changement et de création des richesses, mais aussi des espaces où se manifestent l’exclusion et la pauvreté, la « bataille de la ville » devra s’étendre au cadre de vie, au logement, à la sécurité, à l’action culturelle, à l’organisation des services urbains de desserte et de transport et à une meilleure articulation des fonctions résidentielles et productives des villes. Le pari de villes inclusives n’est pas dissociable des options en matière de démocratie locale. Il ne saurait être gagné sans des mécanismes de participation démocratique des populations à la vie de leurs cités et de leurs quartiers, et sans un modèle de planification urbaine rénové, partenarial et responsable.
Parallèlement, l’avenir du monde rural restera indissociable de l’évolution même de l’agriculture. En effet, on ne peut penser la diversification des activités rurales qu’à partir d’une vision claire du devenir de l’activité agricole elle-même. La réduction prévisible de la charge sur les sols est une perspective plutôt positive. Il convient de ce fait ne plus persister à entrevoir les territoires seulement comme des espaces d’accompagnement social et de rattrapages éternels. Le monde rural appelle une réelle perspective économique, claire et cohérente ; une perspective qui ne saurait être tenable qu’avec une articulation intelligente avec les villes (à travers les bourgs, les petites villes et les centres urbains), dans le cadre de visions territoriales concertées, soutenues par l’Etat, et pouvant même organiser une certaine discrimination positive prononcée au profit des zones rurales à grand potentiel.
L’INDH offre désormais un cadre prospectif pour la réorganisation des solidarités et l’accélération de la lutte contre la pauvreté et l’exclusion. Les dix prochaines années constituent un espace temporel de choix pour réussir un rattrapage substantiel en matière de développement humain.
L’INDH, qui a fixé le cap dans ce domaine, devra éviter tout glissement vers le statut d’un simple programme de lutte contre la pauvreté et s’affirmer en tant que cadre prospectif de réorganisation des solidarités sociales et territoriales et de garantie d’efficacité des politiques et des programmes publics. Sur le plan opérationnel, elle devrait constituer le principal cadre stratégique en la matière et devenir un outil de convergence des programmes et des projets, ainsi qu’un instrument d’innovation en matière d’ingénierie sociale et de prise en charge partenariale des besoins des populations.
Des questions sociales stratégiques devront également trouver des voies de sortie et connaître des percées plus ambitieuses, dans les deux décennies qui viennent : le devenir du système de compensation, au regard notamment des mutations prévisibles de l’agriculture nationale et des tensions futures sur les ressources énergétiques ; l’extension effective de la couverture médicale aux personnes économiquement faibles ainsi que la viabilisation des régimes de retraite par répartition.
Saisir les opportunités de l’ouverture, surmonter ses menaces et aller vers de nouvelles logiques de positionnement régional
Le Maroc devrait se positionner en tant qu’acteur régional incontournable dans le projet d’édification d’une zone de paix, de stabilité et de prospérité en Méditerranée. Son arrimage à l’ensemble européen et le développement de ses relations avec l’Amérique devront se consolider quelles que soient les difficultés conjoncturelles et le degré d’engagement dans l’autre rive de la Méditerranée et outre-Atlantique. De même, le Maroc ne devrait ménager aucun effort pour rendre effective l’Union du Grand Maghreb. Tout en renforçant son partenariat avec l’Europe, le Maroc devrait fortifier ses relations avec l’Afrique sur les plans politique, commercial et scientifique.
L’émergence de l’espace économique asiatique (Inde et Chine notamment), le changement politique et économique de l’ex-ensemble soviétique et l’apparition de nouveaux « géants » imposent également une diversification des horizons stratégiques du pays.
Source: L´opinion