Des télévisions hors coup

Maroc : Des télévisions hors coup

Posté par lakil le 5/12/2006 23:35:03 (639 lectures)

Une vraie libéralisation du PAM est conditionnée par l'arrivée du privé au secteur
L'attente du téléspectateur marocain fut des plus longues pour qu'il ait droit en fin de compte à une montagne qui a accouché d'une sourie. Peut-on réellement parler d'une ouverture en bonne et due forme du Paysage audiovisuel marocain (PAM)? La réponse à cette question ne peut être que par un non catégorique. Et ce ne sont pas les propos et dires claironnés à tout bout de champ par les officiels et les néophytes du secteur qui doivent infirmer cette thèse.

Une vraie libéralisation du PAM est conditionnée par l'arrivée du privé au secteur. Dans le cas marocain, du moins pour les chaînes de télévision, l'on est bien loin de cet état de fait vu que seul l'Etat, via l'argent du contribuable, a pu franchir ce premier pas.

Après les deux soeurs jumelles, TVM et 2M qui ont squatté la boîte à images pendant des années, voilà d'autres chaînes au nombre de quatre, à savoir Al Maghribia, Arrabiâ, Assadissa et Arriyadia, qui ont trouvé place dans le bouquet "Maroc Télévision". A ces quatre stations, vient de s'ajouter une cinquième, Mediasat au capital franco-marocain et qui se veut comme une chaîne d'informations.

Des grilles de la programmation des quatre chaînes précitées, nombreux sont les téléspectateurs qui n'ont pas trouvé leur compte, continuant à étancher leur soif en images, en captant des stations étrangères. Pour les arabophones, les satellites Nilesat et Arabsat demeurent leurs recours de prédilection, alors que pour les francophones, Atlanticbird ou Telecom sont là pour combler ce vide cruel laissé par les chaînes du terroir.

Dans ce contexte de foisonnement et de prolifération de chaînes, privées qui plus est, il ne faudrait pas trop charger le service public d'avoir raté le coche, pour ne pas dire sa mission.

Avec des budgets restreints et des moyens limités, les télévisions marocaines dépendantes de la SNRT (Société nationale de radio télévision) ne peuvent suivre le cours des choses pour offrir une programmation susceptible de garantir un taux d'audience encourageant. Les émissions concoctées par la maison sont bien loin d'intéresser les téléspectateurs qui, en zappant, n'ont que l'embarras du choix avec d'autres chaînes.

Et le privé dans toute cette histoire? Un secteur qui a préféré prendre du recul pour le moment, laissant l'initiative du risque au public. Les éventuels investisseurs dans ce secteur ont dû sonder le marché où la concurrence est âpre et où il est difficile de se frayer une place dans un PAP (Paysage audiovisuel planétaire) dominé par de grosses boîtes aux budgets colossaux.

S'il y a un regret que l'on devrait exprimer, c'est celui de l'expérience de 2M, au temps du privé, qui avait tourné court. En 1989, notre PAM s'était enrichi par l'arrivée d'une chaîne généraliste, à l'air du temps et accordant le plus grand soin à sa grille de programmes. A ses débuts, 2M avait réussi son pari, mais ses dirigeants sont tombés dans le piège d'une certaine critique "arabophone" qui n'était pas allée de main molle dans ses diatribes, taxant la chaîne de "francophone", ne répondant aucunement à l'identité marocaine. Résultat : faillite de la demeure d'Aïn Sbaâ et voilà l'Etat qui vole à son secours. Depuis lors, 2M a voulu faire de la proximité son cheval de bataille, mais elle a complètement raté sa vocation pour qu'elle devienne le clone de Dame TVM qui résiste à tout changement.

Bref, une révision de stratégie et d'objectifs s'impose pour les télévisions nationales hors coup depuis leur baptême. Pourvu que les choses évoluent autrement pour les radios aussi bien anciennes que fraîchement créées. Elles sont appelées à jouer pleinement leurs rôles tant que les aléas de la concurrence étrangère ne sont pas au programme.

Source: Liberation

Format imprimable Envoyer cet article à un ami Créer un fichier PDF à partir de cet article