
La chaîne de télévision NBC, qui a reçu mercredi ces documents envoyés par Cho avant son suicide, assure avoir «soigneusement réfléchi» avant de décider de les montrer. «Nous pensons qu'elles apportent certaines réponses à la question critique “pourquoi cet homme a-t-il commis ces meurtres horribles?”», a expliqué jeudi la chaîne dans un communiqué en réponse à une polémique naissante. La chaîne fait en effet l’objet de critiques qui estiment que le public n'aurait jamais dû avoir accès à ces images et les télévisions ont joué le jeu du tireur.
«Il va y avoir beaucoup de débats autour de notre décision de montrer cela», avait d'ailleurs anticipé mercredi le présentateur de NBC Matt Lauer. CNN a aussi choisi de diffuser les documents, estimant qu'ils donnent une «idée très forte de l'esprit d'un tueur», tandis que Fox a annoncé jeudi, sans donner d'explication, qu'il cessait de les montrer. NBC a ajouté qu'elle comptait aussi désormais limiter leur diffusion à moins de 10% de son temps d'antenne.
Les images ont aussi largement voyagé au-delà des frontières américaines, notamment via le Net. Quelques chaînes les ont cependant refusées, comme la chaîne publique canadienne CBC de crainte qu'elles ne suscitent des vocations, a expliqué jeudi une présentatrice.
La police de Virginia Tech a en tout cas regretté la large diffusion. «Nous sommes déçus par la décision éditoriale de diffuser ces perturbantes photos», a dit le chef de la police, Steve Flaherty, relevant qu'habituellement seuls les policiers ont accès à ce genre de matériel. «Je déteste l'idée que des gens non habitués aient dû visionner ce genre de photos». Suhail Samaha, cousin de Reema Samaha, une des victimes, a indiqué qu'il aurait préféré ne pas les voir: «Cela n'a servi à rien, sinon à me mettre en colère».
Selon Richard Wald, ancien président de NBC News et aujourd'hui professeur de journalisme à l'université de Columbia, les chaînes ont dû s'interroger à la fois sur la légalité, l'intérêt du public et la question du bon goût avant de se lancer. Leur décision se retournerait contre elles «si à un certain moment le public décidait qu'elles ont eu tort» de diffuser les documents. Selon lui, tout repose sur leur capacité à juger ce que le public considère comme décent ou de mauvais goût.
«"Pour ma part, je pencherais pour la diffusion afin de permettre aux gens de voir quel type de personne il était (...) Le public a aussi des droits. Les gens veulent savoir qui est ce type et d'où il vient et comment vous expliquez cela». Tom Rosenstiel, directeur de l'organisation Project for Excellence in Journalism, estime que toute la question est de savoir si les chaînes sont manipulées par leur source ou pas. «Le risque est le suivant: autorisez-vous Cho à défier et hanter les gens? Ajoutez-vous encore au traumatisme ou offrez-vous au public un aperçu sur comment cela est possible dans leur société?»
La frontière est délicate, relève Rosenstiel, qui note qu'elle est franchie quand les images n'informent plus mais jouent sur les émotions: «Dès que vous n'apprenez plus rien de nouveau, vous êtes certainement utilisé par Cho.» Pour Clint Van Zandt, ancien expert du FBI, la diffusion des photos entre clairement dans le jeu du tueur. «C'est ce que ce gars voulait», a-t-il dit à MSNBC «Il voulait pouvoir sortir sa main de la tombe pour nous attraper par la gorge et se faire entendre une fois de plus».
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20Minutes.fr, d'après AFP