Une petite ville de la région parisienne où Bayrou a obtenu dimanche un de ses meilleurs scores
«Sarko me fait peur, Ségo, je ne la sens pas" : à Montigny-le-Bretonneux, une petite ville de la région parisienne où François Bayrou a obtenu dimanche un de ses meilleurs scores, les électeurs centristes ont bien du mal à se décider pour le second tour de la présidentielle française.
Dans cette commune de 35.000 habitants à 25 km à l'ouest de Paris, 27,55% des suffrages se sont portés au 1er tour sur le leader centriste qui avait promis de "dynamiter" les vieux clivages politiques, contre 18,6% au plan national.
Ici, il a fait jeu égal avec le candidat de droite Nicolas Sarkozy (30%) et la socialiste Ségolène Royal (27,6%). Montigny, c'est une banlieue tranquille proche d'une université et de nombreux sièges sociaux d'entreprises où vivent notamment des "cadres moyens, qui peuvent voter aussi bien à gauche qu'à droite", explique son maire Michel Laugier, membre du parti UDF de François Bayrou allié aux dernières élections à l'UMP de Nicolas Sarkozy.
Parmi les quelque 5.000 centristes du premier tour, il y a Cécile, employée de banque de 32 ans, qui jure qu'elle sera guidée par le "Tout sauf Ségolène" et qu'elle votera "par défaut", pour M. Sarkozy.
A l'inverse, Cédric, attaché commercial de 28 ans, votera en priorité contre Sarkozy, et "sans illusions" pour Ségolène Royal. Mais, à une dizaine de jours du vote final, la plupart des électeurs de François Bayrou n'ont apparemment pas encore arrêté leur choix.
Bruno, chef d'équipe dans une entreprise de transports de 41 ans, avait voté "à gauche" au premier tour, en 2002. Assis dans un café, il explique avoir choisi cette fois François Bayrou, car Nicolas Sarkozy est "trop rigide et opportuniste" et Mme Royal entourée d'"éléphants" -le surnom donné aux dirigeants du PS- qui ne lui inspirent pas confiance.
Pour la suite, ce père de famille ne sait pas. La présence dans l'équipe Royal de Dominique Strauss-Kahn, tenant d'une social-démocratie à la française, pourrait le séduire. Mais il pourrait aussi voter Sarkozy: "même si je ne l'aime pas, je déciderai en fonction de l'équipe qui gouvernera avec lui", explique-t-il. "J'attends le débat" télévisé entre les deux finalistes prévu le 2 mai, assure Benoît, informaticien de 24 ans.
"Sarko me fait peur. Ségo, je ne la sens pas", résume un facteur de 43 ans, qui votait socialiste depuis 1981 et vient de choisir le centre pour la première fois. Ségolène Royal "a toujours besoin de lire ses papiers. Cela montre qu'elle n'est pas sûre de ce qu'elle dit", dit-il.
Le facteur assure qu'il ne votera en tout cas pas pour Sarkozy et pourrait donc s'abstenir. Tous les centristes interrogés sont en revanche d'accord sur un point: leur choix ne serait pas guidé par une éventuelle consigne de vote de François Bayrou, qui devait dévoiler ses intentions mercredi après-midi.
"Il était tellement ni pour l'un ni pour l'autre, au début, que maintenant, il ne serait pas crédible s'il appelait à voter pour un candidat", explique Marie, lycéenne de 18 ans, qui a déjà décidé de bouder le scrutin au second tour.
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Une occasion historique de changer la donne
Le PS et l'UDF ont "une occasion historique de changer la donne " en France, selon Dominique Strauss-Kahn Dominique Strauss-Kahn a estimé mercredi que la proposition de dialogue faite par Ségolène Royal à François Bayrou représentait "une occasion historique" de changer la donne politique en France.
"Nous avons là une occasion historique de faire que la donne change. Elle est entre les mains de tous, il n'y a pas de négociations", a affirmé le député socialiste du Val-d'Oise sur Europe-1. "Il ne faudrait pas que, simplement parce qu'on ne s'est pas assez parlé, parce qu'on n'a pas voulu se parler, on reste dans la bonne vieille politique traditionnelle où le centre va aller suivre la droite comme il l'a toujours fait".
"Nous avons la possibilité entre les mains de changer la donne en France, de faire que le changement existe vraiment dans les idées, dans les politiques, ou bien la continuité, c'est-à-dire ce qui s'est passé depuis cinq ans", a ajouté DSK, soulignant la nécessité de "sortir du vieux clivage" droite-gauche.
Et si François Bayrou, qui doit s'exprimer sur ses intentions lors d'une conférence de presse mercredi après-midi, "ne vient pas discuter, s'il ne se passe rien", alors "on reste dans la vieille tradition, c'est-à-dire que finalement, malgré toutes ces déclarations, le centre ne sera qu'un appendice de la droite".
Réaffirmant sa volonté de bâtir "la maison du renouveau" et "une nouvelle donne", Dominique Strauss-Kahn a dit en avoir "assez de voir la gauche s'enferrer petit à petit dans des dogmes du XXe siècle". "J'en ai assez de voir le Parti socialiste s'enfermer pour des décennies peut-être dans l'opposition parce qu'il ne voudra pas ouvrir les yeux sur le monde", a-t-il ajouté.
Interrogé sur le désir de France "arc-en-ciel" avancé par Ségolène Royal, il a souligné que l'ouverture au centre était "la stratégie de sortir du gris et de voir toutes les couleurs".
"J'ai confiance dans la victoire, d'un côté, de Ségolène Royal, et, derrière, dans la possibilité de faire vivre dans notre pays une force de gauche et de centre-gauche qui sera totalement différente de ce qu'on a connu pendant le siècle qui vient de s'écouler", a-t-il encore affirmé.
| AFP