Les organisations non gouvernementales marocaines ont commencé à publier leurs rapports sur leurs observations lors des élections légialtives du 7 septembre. L'Association Marocaine des Droits de l'Homme (AMDH) a écrit dans son rapport que les lois électorales actuellement en vigueur contribuent à une "dispersion des voix et à la balkanisation du paysage politique ; une chose qui pourrait miner l'action du parlement et du gouvernement qui en sortira."
L'AMDH ajoute que les listes électorales n'ont été que partiellement mises à jour et qu'elle s'interroge sur la pertinence de ces nouvelles listes. Le Conseil Consultatif des Droits de l'Homme, bien que chargé officiellement de surveiller les observations, a été critiqué pour avoir fait obstruction au travail des observateurs locaux, utilisant, selon ses détracteurs, les médias publics nationaux pour gonfler le rôle des observateurs internationaux.
Le rapport de l'AMDH fait également état de cas d'interventions par des agences d'Etat au bénéfice de certains candidats, l'exemple le plus notoire étant "la contribution des autorités et des membres de la Haute Autorité de la Communication Audiovisuelle [HACA] à la campagne de la liste dirigée par le Ministre délégué au Ministère de l'Intérieur, Fouad Ali El Himma."
Plus de sept cents cas signalés aux autorités sont restés sans réponse. Plusieurs observateurs citent des délits tels que l'utilisation d'argent pour acheter des voix, l'abus généralisé de pouvoir, l'utilisation non autorisée de biens publics, et l'utilisation de la religion et des takfir pour influencer les électeurs.
Le Centre Marocain des Droits de l'Homme (CMDH) a remis en cause l'utilisation des affiches électorales et des publicités dans des endroits non autorisés, ainsi que les erreurs signalées dans les rapports de bureaux de vote et les retards à transmettre ces rapports.
Le président du CMDH, Khalid Cherkaoui, a déclaré à Magharebia : "Ces élections ne se sont pas déroulées dans un climat de transparence générale. De plus, les autorités ont fermé les yeux sur un certain nombre de violations, alors qu'elles étaient supposées mobiliser les forces de sécurité pour arrêter ceux qui souhaitaient miner le processus électoral."
Le Forum Civil Démocratique du Maroc (FCDM) a eu une réaction mitigée. Il a certes pris acte de la tentative du gouvernement de respecter les promesses antérieures de neutralité, de poursuivre les contrevenants au Code électoral et d'accepter la présence d'observateurs internationaux, mais il indique par ailleurs dans son rapport que "les observateurs ont pris acte du manque d'engagement de l'Etat en faveur d'une neutralité totale. Certains candidats qui n'ont pas respecté la loi ont été poursuivis, d'autres pas. Cela s'ajoute à l'absence de normes précises dans le choix des personnels des bureaux de vote."
Le FCDM conclut que les partis politiques ont fait montre de capacités limitées à contrôler leurs candidats, et que la grande priorité de la plupart des partis était de remporter le plus grand nombre de sièges au parlement, par tous les moyens.
Le Réseau des Organisations de Surveillance des Elections, une coalition de 350 associations dans l'ensemble du Maroc, a signalé plusieurs autres cas de fraude : des partis continuant de faire campagne le jour-même des élections, l'incapacité de certains citoyens à obtenir leurs cartes d'électeur, l'utilisation frauduleuse des cartes par des gens autres que des électeurs inscrits, et des cas de pression et d'influence.
Kamal Lahbib, l'un des membres de ce réseau, à indiqué à Magharebia que "les élections ont été caractérisées par le neutralisme des autorités. Nous espérions cependant que cette neutralité viserait à faire appliquer la loi et arrêter toute violation". Et d'ajouter que "le faible taux de participation ne peut être ignoré, et il demande une analyse en profondeur de la part de tous les partis".
Le Comité Consultatif des Droits de l'Homme (CCDH), une instance parrainée par le gouvernement, a déclaré que ces élections s'étaient déroulées dans des conditions normales et s'étaient globalement caractérisées par leur équité, leur transparence et la neutralité de la part de l'administration. Le conseil a cependant fait état de certaines critiques, comme des cas de corruption et la sous-représentation ou l'absence des femmes dans les bureaux de vote. Source: almaghrebia