ALGER (Reuters) - Soixante-sept personnes ont péri dans l'explosion de deux voitures piégées dans deux quartiers d'Alger, attentats les plus meurtriers en Algérie depuis les violences politiques des années 1990 et dont l'un visait, semble-t-il, l'Onu.
Ce double attentat, dont le dernier bilan a été fourni de source proche du ministère algérien de la Santé, n'a pas été revendiqué mais le ministre de l'intérieur Yazid Zerhouni l'a imputé à l'organisation Al Qaïda au Maghreb islamique, ex-Groupe salafiste pour la prédication et le combat (GSPC).
"Nous sommes sûrs que c'est l'oeuvre du GSPC", a-t-il dit lors d'une conférence de presse, ajoutant que le bilan officiel s'établissait à 22 morts à 15h00 GMT.
Le mouvement avait déjà revendiqué un attentat similaire, commis en avril à Alger, et d'autres perpétrés à l'est de la capitale, au cours de l'été.
"L'ONU ÉTAIT VISÉE"
L'une des explosions de mardi visait le siège du Conseil constitutionnel, dans le quartier de Ben Aknoun. L'autre s'est produite dans le quartier de Hydra, à proximité d'un commissariat et de bureaux algérois du Programme des Nations unies pour le développement (PNUD) et du Haut commissariat des Nations unies pour les Réfugiés (HCR).
"Je n'ai aucun doute que l'Onu était visée", a déclaré à la BBC le haut commissaire, Antonio Guterres.
Aux Nations unies, la porte-parole Marie Okabe a dit craindre que cinq membres de l'organisation aient été tués dans l'explosion et a précisé que 14 employés n'avaient toujours pas donné de leurs nouvelles.
"Selon nos premières informations, mais rien n'est confirmé, nous pensons maintenant qu'il pourrait y avoir cinq morts" parmi les membres de l'organisation, a-t-elle dit. "Au total, nous essayons de recueillir des informations sur ce que sont devenues 14 personnes", a-t-elle poursuivi.
Auparavant, un porte-parole des Nations unies avait indiqué qu'un membre du HCR comptait parmi les tués et que 13 autres employés - dont un du HCR - étaient portés disparus.
Cet attentat ravive le souvenir de celui qui a détruit les locaux des Nations unies à Bagdad, en août 2003, faisant 22 morts dont le chef de la mission onusienne, Sergio Vieira de Mello.
Zerhouni, cité par la radio nationale, a déclaré qu'apparemment, un kamikaze conduisait la voiture piégée qui a explosé dans Hydra.
A Ben Aknoun, plusieurs des victimes sont des écoliers qui se trouvaient à bord d'un car scolaire, rapporte l'agence officielle de presse APS.
INDIGNATION DE L'UE, DE WASHINGTON ET DE PARIS
A l'étranger, Benita Ferrero-Waldner, commissaire européenne aux Relations extérieures, s'est déclarée "épouvantée par ces actes odieux contre des civils" qu'elle a condamnés "dans les termes les plus vigoureux".
La Maison blanche a qualifié les auteurs de ces attentats d'"ennemis de l'humanité".
Le président français Nicolas Sarkozy, qui était en visite en Algérie la semaine dernière, a téléphoné à son homologue algérien Abdelaziz Bouteflika pour lui exprimer la solidarité de la France.
Plusieurs attentats ou tentatives d'attentats sont survenus un 11 du mois, ce qui représente, selon certains, une forme d'hommage de leurs auteurs aux attentats du 11 septembre 2001 aux Etats-Unis.
Ainsi, le 11 avril 2002, un attentat suicide était-il commis devant une synagogue de Djerba en Tunisie. Plusieurs trains madrilènes ont été ensanglantés le 11 mars 2004, et des bombes avaient fait 33 morts à Alger le 11 avril dernier, un mois jour pour jour après un attentat suicide dans un café internet de Casablanca. Le 11 juillet dernier, enfin, un kamikaze avait fait exploser un véhicule en Kabylie, près d'une caserne, tuant huit personnes.
"Al Qaïda cherche à démontrer avec force qu'elle est toujours efficace, malgré la perte de plusieurs de ses dirigeants. Maintenant, le problème principal est que les conditions sociales permettent toujours aux terroristes de recruter", a commenté Anis Rahmani, rédacteur en chef du quotidien Ennahar et expert en matière de sécurité.
Version française Eric Faye et Jean-Philippe Lefief
Le Monde