Après avoir cru dans un premier temps à un acte crapuleux, les autorités mauritaniennes privilégient la piste d'Al Qaïda dans le meurtre, lundi, de quatre touristes français dans le sud, généralement sûr, du pays.
Dans un communiqué, le parquet annonce que deux des trois suspects sont des jeunes gens soupçonnés d'appartenir à des groupes extrémistes salafistes - allusion au Groupe salafiste pour la prédication et le combat, un mouvement islamiste armé algérien rebaptisé "Organisation Al Qaïda au Maghreb islamique" (OAQMI) prétendant opérer dans toute l'Afrique du Nord.
En septembre, le n°2 d'Al Qaïda, l'Egyptien Ayman al Zaouahri, avait appelé les musulmans de la région à "nettoyer" les terres du Maghreb des Français et des Espagnols pour y rétablir l'islam comme à l'époque de l'Andalousie du XVIIe siècle.
Les quatre touristes faisaient partie d'un groupe de cinq Français se rendant en voiture individuelle au Mali voisin et qui pique-niquaient sous un arbre aux environs de la ville d'Aleg, à 250 km au sud-est de Nouakchott, lorsqu'ils ont été attaqués par trois individus circulant en voiture.
Ces derniers, revêtus du chèche traditionnel au Sahel, ont ouvert le feu au fusil mitrailleur, tuant trois membres d'une même famille et un ami.
Le père de famille a quant à lui été blessé à la jambe. Cet homme de 73 ans, évacué dans un premier temps sur Dakar, est en cours de rapatriement sur Lyon à bord d'un vol sanitaire.
Le quadruple meurtre, à deux semaines de l'arrivée de la caravane du Dakar 2008, a suscité une vive émotion en Mauritanie, un pays qui se veut un pont entre le Maghreb et l'Afrique sub-saharienne et où les autorités cherchent à développer le tourisme.
CHASSE A L'HOMME DE PART ET D'AUTRE DU FLEUVE
Il s'est produit non loin de la vallée du fleuve Sénégal, dans un secteur éloigné des conflits traditionnels de la sous-région (Sahara occidental, rébellion touarègue dans plusieurs pays du Sahel, maquis islamistes en Algérie).
D'après la police mauritanienne, les trois assaillants présumés se sont enfuis en direction de Bogué, une localité située sur la rive mauritanienne du fleuve Sénégal.
Les forces de sécurité tant mauritaniennes que sénégalaises se sont lancées à la recherche des fugitifs de part et d'autre de la frontière marquée par le fleuve qui, en période de saison sèche, peut se traverser à pied.
D'après le parquet, cinq suspects ont été arrêtés à ce jour. Parmi eux figure un homme qui a purgé une peine de prison pour appartenance à une organisation terroriste. Il est soupçonné d'avoir organisé la location des deux véhicules qui ont servi à l'attaque de lundi.
Une source de la sécurité mauritanienne, s'exprimant sous le couvert de l'anonymat, a relevé que les assaillants n'avaient pas touché au véhicule des touristes français, ce qui pourrait suggérer que le vol n'était pas le mobile du crime.
Selon le préfet de la région de Brakna, les agresseurs se sont approchés des touristes français pour exiger de l'argent alors qu'ils s'étaient arrêtés sous des arbres pour déjeuner à une dizaine de kilomètres d'Aleg. Devant le refus des touristes, ils ont ouvert le feu sur eux à l'arme automatique. On a découvert des douilles sur les lieux du crime.
Le président Sidi Ahmed ould Cheikh Abdallah s'est entretenu lundi soir de l'affaire avec son homologue français Nicolas Sarkozy et lui a promis que tous les moyens seraient mis en oeuvre pour capturer les assassins.
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