Samedi 13 mars 2005 a été inhumé à Tiflet, sa ville natale, Imad Ztoti, dont le corps avait été rapatrié de Paris la veille par avion. Imad avait 20 ans. Il habitait avec son père et une partie de sa fratrie la Cité des Indes, à Sartrouville, dans la banlieue parisienne - laquelle a une mauvaise réputation soigneusement entretenue et constamment relayée par les médias, les téléfilms, le cinéma. C¹était un grand gaillard pacifiste - mais qu¹il ne fallait pas chercher - de deux mètres sept de haut, bien vu de son quartier au demeurant.
Ses études interrompues - dans un système éducatif qui a pour résultat de marginaliser les banlieues, schéma classique -, il cherche un boulot et, en attendant d¹en trouver, il gagne un peu d¹argent par-ci par-là, en faisant par exemple de la surveillance, avec un chien, de parkings souterrains. Lors d¹un de ses séjours en vacances au Maroc, il a pris l¹habitude de se droguer, et c¹est l¹engrenage : les copains, les petites combines, les fournisseurs. Tout cela est tragiquement archétypique, banal, ordinaire, jusque dans ses conséquences extrêmes, stupides et tragiques. Les copains, tous des produits de l¹immigration, ont pour noms, entre autres, Chaabane, Naguy, Adjigui, Xinès, SitchekŠ
Ecoutons le récit du jeune frère de Imad. Eté 2003 : Chaabane, sans doute donné par un pote, se fait alpaguer par les flics, avec Adjigui, dans la 406 bleue de son père; ils ont de l¹herbe sur eux; les flics perquisitionnent chez Chaabane et trouvent deux kilos d¹herbe, ce qui lui vaut neuf mois de prison. Chaabane n¹assume pas et il dit que c¹est Imad qui est le grossiste. Les flics viennent chercher Imad à la maison et le mettent en mandat de dépôt, c¹est-à-dire en prison sans jugement. La perquisition à la maison ne donne rien et il n¹y a aucune charge contre Imad, à part l¹accusation portée contre lui par Chaabane. Imad fait onze mois de prison, à Nanterre, dans le 92, sans que sa famille ait droit de visite. Il ressort en février 2005, revient à la maison, retrouve ses copains. Chaabane est sorti deux mois plus tôt.
Chaabane propose un marché à Imad, soi-disant pour le dédommager, sachant qu¹il n¹a rien fait : 16.000 euros. Imad est d¹accord; il n¹a plus qu¹à attendre le rendez-vous pour la transaction, qui lui sera communiqué sur son portable. Imad confie tout cela à ses jeunes frères. C¹est dans la nuit du 4 au 5 mars que le rendez-vous a lieu et le corps de Imad est retrouvé le 5 mars, à 8 heures du matin à La Frette-sur-Seine, dans le Val d¹Oise, commune voisine de Sartrouville. Il a été tué sur la berge d¹un coup de fusil à la gorge, traîné sur plusieurs mètres et jeté dans la Seine.
Voici un extrait d¹un quotidien régional paru le lendemain du crime : «C¹est vers 8 heures du matin que des promeneurs ont repéré un corps flottant sur la Seine à quelques mètres du quai. Les policiers ont d¹abord trouvé sur la berge une écharpe pleine de sang, puis des traînées de sang sur une trentaine de mètres sur l¹herbe gelée. Quand le corps de la victime a été ramené sur le bord par les pompiers, les policiers ont découvert une plaie béante au niveau du cou». Deux jours plus tard, l¹enquête confiée au DRPJ de Versailles est bouclée, trois suspects mis en examen par le juge d¹instruction de Pontoise, pour assassinat et complicité d¹assassinat.
Chaabane, Naguy et Adjigui sont les trois comparses qui ont fait le coup avec une voiture - la Twingo de Chaabane - et un fusil dont l¹histoire est compliquée et dont la fonction était peut-être plutôt d¹intimider que de tuer, car le trio n¹avait ni les 16.000 euros, ni l¹intention de les donner un jour. Et Imad, était un malabarŠ Un drame à responsabilités multiples qui donne ample matière à réflexion.
Jean-Pierre Koffel
albayane.ma