Les derniers soldats syriens ont quitté le Liban mardi après une cérémonie qui a mis fin à près de trois décennies de présence militaire de Damas au pays du Cèdre, suscitant des scènes de liesse au sein de la population libanaise.
Les quelque 300 derniers soldats syriens qui étaient encore au Liban ont traversé le poste-frontière de Masnaa à la mi-journée en direction de la Syrie à bord de huit autobus militaires.
Des dizaines d'habitants de Majdal Anjar, localité proche de la frontière syrienne, sont descendus dans la rue après le départ des soldats syriens et ont dansé pour exprimer leur joie.
"Nous sommes contents. Nous fêtons la liberté, la souveraineté et l'indépendance", a dit Khaled Saleh, un jeune de ce village sunnite.
Côté syrien de la frontière, plus de 2.000 personnes, arborant des drapeaux syriens, attendaient leur passage et les ont bruyamment salué.
"Vous nous avez manqué, vous les défenseurs de la patrie", "vous êtes les bien-aimés de la patrie", pouvait-on lire sur des pancartes portées par les manifestants.
Dans la matinée, les commandements des deux armées syrienne et libanaise avaient assisté à une courte cérémonie d'adieux organisée sur l'aéroport militaire de Rayak, dans la Békaa, près de la frontière syrienne.
"Nous avons accompli la mission sacrée de défendre le Liban arabe et sa dignité", a déclaré le général Ali Habib, chef d'état-major syrien. "La Syrie a tout donné et continuera de tout donner pour protéger le Liban", a-t-il ajouté.
"Nous ne vous oublierons jamais", ont crié en retour d'une seule voix quelque 300 soldats de la troupe libanaise, sur fond de battements de tambours.
Le commandant en chef de l'armée libanaise, le général Michel Souleiman, a remercié la Syrie d'avoir envoyé son armée "pour empêcher la partition du pays" lors de la guerre civile (1975-90).
Le retrait syrien du Liban est intervenu après de fortes pressions internationales et de l'opposition libanaise à la suite de l'assassinat le 14 février de l'ancien Premier ministre libanais Rafic Hariri.
Le général syrien Rustom Ghazalé, qui a commandé les puissants services de renseignement syriens au Liban, était aussi présent à cette cérémonie, durant laquelle une stèle en marbre érigée en l'honneur des 12.000 soldats syriens tués au Liban, a été dévoilée.
Début mars, il restait 14.000 soldats de Damas sur le sol libanais.
Après ces adieux, il ne restera "plus aucun militaire ou membre des services de renseignement syriens au Liban", avait déclaré le général libanais Elias Farhat, porte-parole de l'armée libanaise.
La cérémonie s'est achevée quelques heures avant que le secrétaire général de l'Onu, Kofi Annan, ne remette son rapport au Conseil de sécurité sur la mise en oeuvre de la résolution 1559.
Kofi Annan y indique avoir reçu, du Liban et de la Syrie, l'assurance que les services de renseignement syriens ont bien quitté le Liban. Il explique avoir été averti par "certains Etats membres et des membres de l'opposition libanaise" de l'installation des services syriens dans de nouvelles positions:"les gouvernements libanais et syrien m'ont assuré du contraire", assure M. Annan dans son rapport.
Adoptée en septembre 2004 à l'initiative de Washington et Paris, cette résolution réclame le départ du Liban des soldats syriens, la fin de l'ingérence de Damas dans les affaires intérieures de son petit voisin et le désarmement de toutes les milices sur son sol.
L'équipe de l'Onu chargée de vérifier le retrait syrien est attendue au Liban, après la cérémonie de mardi. Elle se rendra auparavant à Damas, pour obtenir des cartes militaires sur les anciennes positions syriennes.
La France et l'Allemagne ont "pris acte" du retrait syrien du Liban, mais ont demandé qu'il puisse "être vérifié sur le terrain", dans une déclaration commune à l'occasion du cinquième Conseil des ministres franco-allemand.
A Wahsington, un responsable du Département d'Etat a jugé sous le couvert de l'anonymat les développements du jour "positif mais pas concluant".
Israël, dont l'armée a occupé le Liban durant 22 ans et ennemi déclaré de la Syrie, n'a pas réagi mardi à ce retrait.
Par ailleurs, le Parlement libanais, à majorité pro-syrienne, a commencé mardi l'examen de la déclaration de politique générale du nouveau gouvernement qui compte organiser des législatives dans les délais constitutionnels, avant devoter la confiance.
AFP