BAGDAD (AP) -- Les chiites irakiens ont commencé à enterrer dimanche dans un climat de peur quelques-unes des 91 personnes tuées en deux jours dans les violences visant cette majorité religieuse appelée à prendre le pouvoir pour la première fois de l'histoire de l'Irak moderne.
Les hommes politiques chiites refusent de se laisser entraîner dans une guerre civile.
Mais alors que 50 chaises avaient été installées sous une tente du quartier Bayaa de l'ouest de Bagdad dimanche pour des funérailles, seules dix personnes sont venues. Pourtant, «nous construisons des barrages et nous fouillons tous ceux qui entrent pour ne pas connaître le même sort que mon ami», a déclaré devant la tente Sattar Wahhab, un ouvrier âgé de 35 ans. De telles cérémonies ont été attaquées par des kamikazes samedi. L'an dernier, des attentats à Bagdad et Kerbala pendant la fête de l'Achoura, la plus sacrée du calendrier chiite, avaient fait plus de 181 morts en deux jours. Environ 60% des 26 millions d'Irakiens sont chiites et 20% sunnites.
Parallèlement, en Iran, des millions de chiites ont participé dimanche aux processions de l'Achoura. Dans le nord de l'Inde, des affrontements entre chiites et sunnites à l'occasion d'une procession à Lucknow ont fait trois morts et 20 blessés, selon les autorités.
Les attentats-suicides en Irak sont des tentatives de «provoquer une guerre de religion en Irak. Les Irakiens ne laisseront pas cela arriver, ils seront unis (...) et l'Irak ne tombera pas dans une guerre sectaire», a lancé Mouwafak al-Roubaïe, conseiller à la sécurité nationale pour le gouvernement intérimaire, interrogé par l'agence Associated Press.
Pendant ce temps, les principaux partis politiques et tribus sunnites arabes étaient réunis dans la capitale pour discuter de leur rôle dans le nouveau gouvernement irakien issu des élections du 30 janvier. La minorité sunnite s'est fortement abstenue de voter, boycottant le scrutin ou redoutant des représailles de l'insurrection. Le président irakien Ghazi al-Yaoua, sunnite et tête d'une liste qui a remporté cinq sièges, devait participer à la réunion.
Forte de près de la moitié des suffrages, l'Alliance irakienne unifiée de M. Al-Roubaïe, soutenue par le clergé chiite, devrait choisir en début de semaine le nouveau Premier ministre.
Par ailleurs, dans plusieurs villes de l'ouest de Bagdad, les Marines américains et les forces de sécurité irakiennes ont lancé une opération conjointe dimanche contre l'insurrection et le terrorisme. Les opérations se déroulaient dans des villes de la province d'Anbar, sur l'Euphrate, et notamment dans le chef-lieu Ramadi, où les autorités ont décrété un couvre-feu de 20h à 6h,selon un communiqué de l'armée.
Auparavant, l'armée américaine avait annoncé la mort de deux Marines dans une opération dans l'Anbar. A Bagdad, une mine a tué deux Garde nationaux irakiens. Un Irakien a également été tué par des membres des forces de sécurité et une fusillade a coûté la vie à une femme sur la route menant à l'aéroport international de Bagdad. AP