Le chômage et l'oisiveté incitent à l'émigration clandestine vers l'Europe
Pour le Marocain désirant émigrer en Europe ou ailleurs, c'est surtout le chômage et l'oisiveté qui enfantent l'idée d'aller vivre là où il y aurait la prospérité et peut être du travail relativement bien rémunéré.
L'idée est d'autant plus saisissante que, parmi les "harragas", ou migrants clandestins, ceux qui ont réussi à se faire une situation plus ou moins bonne sous d'autres cieux reviennent au pays avec des signes évidents de prospérité et de bien-être.
A l'origine, le mot "Harrag" désigne un migrant clandestin ayant parvenu à destination et qui, histoire de brouiller aux autorités la procédure de refoulement, "brûle", ou "Hreg" ses papiers. Aujourd'hui, le vocable englobe toute la masse humaine migrante en dehors des circuits réglementaires.
Plusieurs centaines de Marocains tentent chaque année de traverser clandestinement le détroit de Gibraltar vers l'Europe, dont le chemin est jonché de hauts risques. Le danger de mort y est présent, quand on sait la légèreté avec laquelle les passeurs abordent le respect de la vie humaine.
L'aventure des Marocains au niveau du Détroit est assez semblable à celle des subsahariens, sauf que les nationaux y ajoutent quelques procédés peu connus des Africains. Le Marocain, muni d'une bouteille d'eau et de quelques biscuits, se glisse dans un container au risque d'y mourir par asphyxie. Il se faufile entre les essieux et la carrosserie d'une semi-remorque de transport international routier (TIR) au risque de se faire écraser au passage sur un dos-d'âne.
Il se love dans le coffre d'une voiture sous les bagages, ou dans la garniture d'un siège de véhicule. Tout est bon pour passer du côté nord de la Méditerranée où le migrant, irrésistiblement poussé par la fausse idée qu'il y a là-bas de la prospérité pour tous, finit le plus souvent par déchanter dans une Europe qui a certes besoins de cerveaux, dont la substance grise est nécessaire pour la bonne marche de sa machine économique, mais qui fait tout pour barrer le chemin au "tout-venant".
Abderrahim a passé plus de six ans à tenter des "embarquements" à bord de ces gros véhicules TIR. Il ne comptait plus les tentatives malheureuses, avortées à cause de la vigilance des chauffeurs ou de la police des frontières, quand il avait réussi à débarquer de l'autre côté. Il s'était mis en sandwich entre des produits textiles pendant 48 heures, sans possibilité de bouger. "Une fois en Espagne, je me suis empressé de pratiquer un trou dans le plafond de la remorque pour m'exfiltrer", a-t-il dit.
Pour ceux qui ont les moyens, il y a la solution "escale" dans un aéroport de pays comme la Turquie, le Mexique ou la Russie, où le contrôle du passage en Europe se fait avec moins de rigueur. Il y aussi le contrat de travail en bonne et due forme, mais il est rare d'en trouver. De plus, il coûte cher.
Reste le faux contrat de travail, mais cela n'opère plus, l'astuce étant largement connue des contrôleurs. Last but not de least : le "mariage blanc". C'est encore faisable, mais les conditions sont parfois trop dures à supporter. Et pourtant, il y en a qui les supportent jusqu'au bout.
"C'est ce que j'appelle payer trop cher de simples papiers de séjour en Europe", disait un jeune homme "en congé au Maroc" en compagnie de celle, d'un certain âge, qui a accepté de lui faire ses papiers moyennant toute une série de conditions.
"Le mariage blanc est peut-être temporaire, mais il n'a rien de blanc. On n'est jamais sûr que le ou la partenaire respecte les engagements initiaux.
Très souvent, exploitant ta situation d'infériorité, il ou elle vient en rajouter dans la liste des conditions", ajoute-t-il.
Côté sécuritaire, les autorités accomplissent leur travail sur les deux rives de la Méditerranée.
En Espagne, on signale la mise en place depuis 2002 d'un système de surveillance des côtes appelé "Service intégral de vigilance électronique" ( SIVE), capable de détecter les embarcations des clandestins à 15 kilomètres de distance. Et si les Espagnols avancent fièrement des statistiques faisant état d'un bon lot de clandestins pris au panier des gardes côtes durant les années 2003 et 2004, nul ne peut évaluer le nombre des "harragas" qui ont réussi à échapper au maillage policier des côtes et à s'évanouir dans la jungle européenne du travail au noir.
La secrétaire d'Etat espagnole chargée de l'Immigration a assuré que les données sur les prises de clandestins confirment les résultats positifs obtenus grâce à la coopération croissante du Maroc en matière de lutte contre la migration clandestine.
Elle a également fait part de la volonté de son gouvernement de renforcer les mesures de détection des " pateras ", la lutte contre les mafias ainsi que la coopération avec le Maroc.
Les sécuritaires peuvent être fiers de leur travail et l'on ne peut que leur rendre hommage pour l'assiduité et la volonté qu'ils mettent dans l'accomplissement de leur tâche mais, pour ce qui est de la solution du problème, beaucoup d'efforts et davantage d'imagination restent à faire.
source: Le Matin / MAP