Le président français Jacques Chirac a nommé mardi comme Premier ministre Dominique de Villepin, un marocain de naissance, il est né à Rabat en 1956.
PARIS (AFP) - Le président français Jacques Chirac a nommé mardi comme Premier ministre Dominique de Villepin, un de ses fidèles, pour tenter de reprendre l'initiative après avoir été désavoué par la large victoire du non au référendum sur la Constitution européenne.
M. Chirac a aussi décidé du retour au sein du gouvernement de son grand rival à droite Nicolas Sarkozy qui, selon des sources concordantes, occupera de nouveau le poste de ministre de l'Intérieur et sera le numéro deux de la nouvelle équipe devant succéder à celle de Jean-Pierre Raffarin.
Après avoir hésité, le président Chirac a ainsi pris le risque de faire travailler ensemble MM. de Villepin et Sarkozy, deux fortes personnalités qui entretiennent des relations ouvertement conflictuelles.
Un temps envisagé, le choix de M. Sarkozy, leader du parti majoritaire UMP, comme Premier ministre était sans doute pour M. Chirac une option trop risquée alors que son autorité a déjà été fortement affaiblie par le vote de dimanche.
Personnalité la plus appréciée à droite M. Sarkozy, 50 ans, a appelé à des "remises en cause profondes, rapides et vigoureuses" pour tenir compte de la débâcle du référendum sur le traité européen, rejeté dimanche par près de 55% des électeurs français.
M. de Villepin, 51 ans, qui avait accédé à la notoriété internationale en défendant en 2003 à l'Onu l'opposition de la France à la guerre en Irak, incarne en revanche la continuité, et une fidélité absolue à M. Chirac.
Le chef de l'Etat devait faire une déclaration télévisée mardi soir pour expliquer son choix.
M. de Villepin a pris ses fonctions quelques heures après la démission de M. Raffarin, victime de son impopularité et de son échec à endiguer le chômage. La formation du nouveau gouvernement doit intervenir d'ici la fin de la semaine.
Mais le profil de M. de Villepin, aristocrate et haut fonctionnaire de carrière, et le retour annoncé de M. Sarkozy, semblent peu adaptés pour répondre aux fortes inquiétudes des électeurs, notamment ceux de gauche, qui réclament une politique plus sociale.
Sans surprise, dès sa nomination, les critiques ont fusé du côté de la gauche qui y a vu de l'immobilisme, voire une "provocation" après le résultat du référendum, et une certaine réserve était perceptible à droite.
"On ne soigne pas une crise de régime avec des cataplasmes", a déclaré le président du groupe socialiste à l'Assemblée nationale Jean-Marc Ayrault, alors que le sénateur socialiste Jean-Luc Mélenchon dénonçait une "logique de bunkerisation du pouvoir".
L'euro a perdu du terrain face au dollar mardi, le marché témoignant de sa préférence pour M. Sarkozy, adepte de réformes économiques libérales.
M. de Villepin a été le plus proche collaborateur de Jacques Chirac comme secrétaire général de la présidence de la République de 1995 à 2002. Après des années dans l'ombre, il a émergé au grand jour en 2002, à la faveur de la réélection de M. Chirac qui, selon son entourage, apprécie son "panache".
Le président le charge alors de diriger le ministère des Affaires étrangères, avant de lui confier l'Intérieur, où M. Sarkozy avait imprimé sa marque de 2002 à 2004.
Mais M. de Villepin reste contesté par des personnalités de son propre camp, qui lui reprochent d'avoir poussé M. Chirac à dissoudre l'Assemblée nationale en 1997. Cette dissolution avait abouti à une spectaculaire victoire de l'opposition socialiste, ce qui avait obligé M. Chirac à "cohabiter" pendant cinq ans avec le Premier ministre socialiste Lionel Jospin.
En se séparant à chaud de M. Raffarin, M. Chirac a en tout cas voulu réagir vite au rejet du traité européen, qui a beaucoup affaibli son autorité, pour essayer de "sauver" la fin de son mandat.
Mais le président est "durablement discrédité" par le non, selon 55% des personnes interrogées lors d'un sondage, alors que 48% estiment que le chef de l'Etat devrait organiser rapidement des élections législatives anticipées.
Quant à M. Raffarin, usé par trois ans au poste de Premier ministre, il est parti mardi en essayant de faire bonne figure et en exprimant sa "fierté" sur son passage de trois ans au gouvernement, marqué par plusieurs réformes contestées comme celle du financement des retraites et l'assouplissement de la semaine de travail de 35 heures, instituée par les socialistes.